Files - WALTER, FOREVER YOUNG #3

Texte Stéphane Gaboué - Date 19 Septembre 2011

Photography: Ronald Stoops

 

W&T

Votre carrière fut ralentie par votre séparation d'avec Mustang, la société qui produisait W&T. D'après ce que j'ai compris, ils voulaient rendre la ligne plus commerciale?

C'était plutôt qu'ils voulaient suivre une nouvelle tendance. Mes vêtements W&T ont eu un grand succès dans les années 1990, auprès d'une génération techno-rave. W&T a reflété l'esprit d’une époque. Puis Prada Sport est arrivé à la fin de cette décennie, et soudainement, le minimalisme, le nylon, et le noir sont devenus à la mode. Les gens de Mustang y ont vu une opportunité pour faire de l'argent, et ont donc fait venir des spécialistes du marketing. Lorsque je disais orange, ils disaient gris. Lorsque je disais rouge, ils disaient noir. Pendant un an, je devenais de plus en plus triste. Ca devenait un véritable poids. Après une longue réflexion, j'ai décidé de rompre le contrat.

Ce qui fut plutôt courageux, puisque la ligne rapportait de l'argent

Ce fut très courageux. Mais je ne voulais pas faire de l'argent à tout prix. Les gens m'identifiaient à la marque. J'avais même, à l'époque, abandonné ma propre ligne pour me concentrer sur W&T. Je voulais donc pouvoir me regarder dans la glace, d'autant plus que je dis toujours à mes étudiants de rester fidèles à eux-mêmes et de ne pas faire de compromis.

Cette période a dû être frustrante...

En effet. Je ne pouvais pas utiliser mon nom pendant un moment. Je pouvais dessiner des vêtements, mais pas les vendre. C'était frustrant, mais au moins j'étais soulagé. Ce fut également une période rafraîchissante. La mode est usante, vous savez.

 

W&T

Your career was a bit slowed when you parted with Mustang, who produced your successful W&T brand. From what I read, they wanted to make the line more commercial?

Not even commercial. They wanted to follow trends. My clothes had a huge following in the nineties among this techno and rave generation. It captured the spirit of that era. Then Prada Sport arrived at the end of that decade, and suddenly it was all about minimalism, black, and nylon. The Mustang people saw this new movement as an opportunity to sell more. They wanted to make a collection more suited for the customer, which was actually more of a Prada customer. So they started putting marketing men next to me. And when I said orange, they said grey. When I said red, they said black. For a year, I became sadder and sadder. At some point it became a real weight on my shoulderAfter a long thought, I decided to break the contract.

Which was pretty courageous, because, the line was making money, wasn't it?

Yes, it was very strong and courageous. But I didn't want to make money at any cost. I was so related to the W&T products; it was what I stood for. At the time, I had even given up my own line to concentrate on W&T. I wanted to be able to look at myself in the mirror, especially since I always tell my students to stay true to themselves and not to compromise.

Was it frustrating?

It was. I couldn't use my name for a while. I could design clothes but not sell it. It was frustrating, but at least I was relieved. It was also a period of refreshment. It's good that I had some time to restart things. Fashion kills, you know.

Photographies: Ronald Stoops

 

NOUVELLE JEUNESSE

 

J'ai le sentiment que votre travail est plus pertinent aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été. Beaucoup de jeunes designers vous citent comme source d'inspiration. Avez-vous aussi ce sentiment?

Je sens aussi que mon travail est plus pertinent aujourd'hui, et que les gens manifestent plus de respect pour lui. Ça n'a pas toujours été le cas. Je suis content que les jeunes créateurs me citent comme source d'inspiration. J'espère qu'ils pourront faire changer les choses dans la mode. Aujourd'hui, nous avons d'un côté, le luxe, et de l'autre la "fast fashion". Quelque chose devrait être développé entre les deux. La créativité et la fantaisie devraient être célébrées.

La majorité des supports qui vous ont toujours soutenu sont très branchés et underground. Avez-vous le sentiment que la presse mainstream ne vous a pas accordé l'importance que vous méritiez?

Je ne suis pas frustré. Je comprends qu'il ne soit pas toujours facile pour les magazines de montrer mon travail, bien que j'aie eu beaucoup de presse au moment de W&T. Certains "editors" me disent qu'il est difficile de shooter mes vêtements ou mes chaussures parce qu'ils sont trop forts. Mais les choses changent aujourd'hui. Je sens que les magazines font un effort. Et il y a plusieurs séries sur mes pièces d'archives qui vont paraître. Mais de toute façon, on vit une époque étrange. Les magazines sont dominés par les groupes de luxe.

Passons maintenant à quelque chose de plus coquin. Vous avez une fois déclaré que si vous n'étiez pas fashion designer, vous travailleriez comme metteur en scène dans le porno.

J'ai aussi dit que je travaillerais avec les animaux ou les fleurs (rires).

Vous savez comment sont les journalistes... Nous n'avons retenu que la partie coquine. Comment serait donc un film X réalisé par vous?

Le problème avec les films pornos, c'est que beaucoup semblent peu inspirés et manquent d'esthétique. J'essaierais donc de les rendre plus beaux. J'aime aussi la romance. J'essaierais donc de combiner amour et romance.

Quel serait le casting?

Surement des bears, plein de mecs velus.

Vous parlez peu de votre compagnon, le designer Dirk Van Saene. Quelle est son influence sur vous?

J'ai rencontré Dirk en 1977. Nous sommes allés ensemble à un concert de Blondie au Paradiso à Amsterdam. Il a une façon très personnelle de voir la mode. J'aime bien lui montrer mon travail. Il me donne sont point de vue, et parfois je change des choses suivant son opinion.

Quelles sont les collaborateurs qui vous ont été particulièrement précieux pendant toutes ces années?

Il y en a eu tellement… Loretta, mon assistante chez W&T, qui a réalisé tous mes souhaits, plusieurs cadres de chez Mustang, le photographe Ronald Stoops, la maquilleuse Inge Grognard, mon attaché de presse Kuki de Salvertes, et Paul Baldens, qui réalise tous mes layouts. Je les sais loyaux.

 

THE RENAISSANCE

 

I have a feeling your work is more relevant today than it ever was. Many young designers cite you as an inspiration Do you also have that feeling?

I also feel that my work is more relevant today, and that I get more respect. It wasn't always easy to get respect for my work. I am happy I'm attracting young people. This might change the fashion world. Indeed, today, we have luxury on the one side and fast fashion on the other. Something should grow in between. Creativity and fantasy should be celebrated.

You've been mainly supported by underground publications. Have you sometimes had the feeling that you didn't get the recognition you deserved from mainstream publications?

I'm not frustrated. I understand it's not always easy for magazines to feature my work (although I have to admit we got a lot of press with W&T in the nineties). Some editors tell me it's difficult to shoot my clothes and shoes because they are too overwhelming. But it's happening now. I feel that magazines are trying to find a way to feature me. And there are a lot of archive fashion stories coming up. But anyway, we're going through a strange moment in fashion, with magazines dominated by luxury groups. We should feel happy there are still underground magazines.

So let's now move to something kinkier. You once said that if you weren't a fashion designer, you would work as a porn director...

(Laughs). I also said I would work with animals and flowers

You know how journalists are... We just remembered the porn part. So imagine you had to direct a porn movie. How would it be?

The bad thing about porn is that it is sometimes uninspired and un-aesthetic. So I will try to make it more aesthetic. I also like romance. So I will try to bring love and romance together.

How would the casting be?

I would surely cast bears, a lot of hairy men.

You don't often talk about your long-time partner, the designer Dirk Van Saene. Does he have an influence on you?

We met in 1977, and went to a Blondie concert at the Paradiso in Amsterdam. He has a very personal way of seeing fashion. I like showing him my work. He gives his point of view, and sometimes I change things according to his opinions.

Who are the people who've been particularly precious to you during all these years?

There are so many... Some executives at W&T, my assistant Loretta who made all my wishes come true there, the photographer, Ronald Stoops, the make-up artist Inge Grognard, my publicist Kuki de Salvertes. Paul Baldens, who does all my layouts... I know they are loyal.

Photography: Ronald Stoops

Design: Paul Boudens

Catégorie: Fashion - Tags: Walter Van Beirendonck, wad