Files - WALTER, FOREVER YOUNG #1

Texte Stéphane Gaboué - Date 15 Septembre 2011

Illustration: clementine Berry

La semaine dernière, à la veille des collections internationales pour l'été 2012, le New York Times publiait deux articles retentissants (et très justes) sur les fashion weeks, devenues pour la plupart ennuyeuses. Les fashionistas devraient en fait inscrire Anvers à leur agenda ce mois-ci, car ils seront sûrs d'y trouver des vêtements funs et pertinent, une grande partie desquels a été réalisée il y a plus de 20 ans. 

Last week, on the eve of the international collections in New York, London, Milan, and Paris, the New York Times published two insightful (and welcome) articles bewailing the fact that most fashion shows have now become boring. Well, maybe fashionistas should add Antwerp to their agenda this month, as that's where they'll get to see some of the funniest and most relevant clothes around. And many of them were designed as far as 25 years ago. Indeed, tomorrow, the famous MOMU museum inaugurates its first menswear exhibition ever, a major retrospective of the work of Walter Van Beirendonck, who celebrates 30 years in fashion this year.

Credit : Jean-Baptiste Mondino

En effet, le célèbre MOMU (Mode Museum) d'Anvers inaugure demain sa première exposition consacrée au menswear, une rétrospective du travail de Walter Van Beirendonck, qui célèbre cette année 30 ans de création. Avec le recul, le joyeux sportswear, la vive palette de couleurs, l'activisme vaillant et l'homo-érotisme qui ont toujours caractérisé l'œuvre du designer belge sont à décrypter comme une véritable prophétie. En effet, une interminable liste de designer contemporains, incluant Bernhard Willhelm, Carri Munden de Cassette Playa, Daniel Palillo ou Jeremy Scott, promeut la même esthétique urbaine et avant-gardiste.

Walter occupe une place unique dans la mode belge. Non seulement des collections comme Sado (1982, inspirée du sadomasochisme) et Bad Baby Boys (1987, inspirée de Mapplethorpe et August Sander) lui ont conféré un statut de force créatrice, il a aussi étendu son influence en collaborant à de nombreuses marques, y compris Gianfranco Ferré, en travaillant avec des artistes comme U2, ou en enseignant dans son ancienne école, la Royal Academy d'Anvers, où il a formé des stars comme Véronique Branquinho, Bruno Pieters, ou Bernhard Willhelm.

L'exposition n'essaie pas de dresser son parcours de façon chronologique, de son "graduation show" de 1981 à son émergence comme membre du groupe des Six d'Anvers, son succès phénoménal sous le label W< dans les nineties, et son comeback parisien il y a quelques années. Elle s'intéresse plutôt à six thèmes chers au créateurs, parmi lesquels les tribus, les différentes morphologies, les problèmes environnementaux, et les matériaux extrêmes. Les 100 tenues sélectionnées sont présentées devant des "wonderwalls", sortes de scrapbooks multimédias. Des œuvres de certains de ses artistes favoris, parmi lesquels Mapplethorpe ou les frères Chapman, sont également exposées. Une série mode géante réalisée par Nick Knight est l'une des stars de l'événement.

With hindsight, all the jaunty sportswear, bright color palette, bold activism and homoerotic message Walter has been advocating for three decades now look like sheer prophecy, as a whole new generation of designers, from Bernahrd Willhelm to Cassette Playa's Carri Munden through Daniel Palillo and Jeremy Scott promote the same gospel of urban, cutting-edge fashion.

But Van Beirendonck's place in Belgian fashion is unique. Not only have such iconic collections as Sado (1982, inspired by sadomasochism), Bad Baby Boys (inspired by Mapplethorpe and August Sander) established him as a wayward creative force, he has also extended his influence by collaborating with numerous brands, including Gianfranco Ferré, working with such artists as U2, and teaching at his alma mater, Antwerp's Royal Academy (since 1985), where he has nurtured household names, including Véronique Branquinho, Bruno Pieters, and Bernhard Willhelm.

The exhibition doesn't try to make a chronological account of his career, from his 1980 graduation show to his emergence as one of the Antwerp 6 in London in the mid-eighties, his climatic tenure as designer of W< in the 1990's, his parting with that brand, and his recent comeback on the Paris stage. Rather, it tackles six themes dear to the designer, including body types, ethnic tribes, extreme fabrics, and environmental issues.

The 100 outfits selected are presented against "wonderwalls", virtual scrapbooks showing his various inspirations. Several art pieces by favourite artists like Mapplethorpe and the Chapman Brothers are also on display.

Le mois dernier, WADMAG a interrompu ses vacances pour rendre visite au designer dans sa boutique anversoise, où il nous a reçus vêtu d'une superbe combinaison rose dragée.

Last month, WADMAG interrupted its summer vacations and paid a visit to Walter in his Antwerp store, where the eternally bewhiskered designer greeted us in a superb pink overall. 

Photography: Ronald Stoops, Illustration: Jan Bosschaert

Credit: Patrick Robyn

 

30 ANS DE CREATION

WADMAG : L'exposition qui s'ouvre demain retrace vos 30 années de création. Il a dû être émouvant de revoir toutes ces pièces.

Walter Van Beirendonck : Ce fut en effet très émouvant. Tout mon travail est archivé depuis ma collection de fin d'études en 1980, et bien sûr certaines collections sont plus complètes que d'autres. Ces pièces étaient éparpillées dans des greniers un peu partout dans Anvers. Tout est arrivé dans ma boutique il y a six mois, et j'ai commencé à ouvrir les cartons. Ça a donc ravivé de nombreux souvenirs, bons et mauvais. Et il ne fut pas facile de sélectionner 100 looks. Ce fut parfois aussi dur qu'un puzzle.

Après avoir revu votre travail avec un œil neuf, avez-vous des collections favorites?

J'aime le fait que ces vêtements constituent une seule et grande collection. Le message global et le feeling sont les mêmes. C'est le point commun entre toutes ces tenues : elles sont reliées par une signature reconnaissable. Je suis fier d'être parvenu à réaliser ça.

Un des grands moments de l'exposition est l'exceptionnelle collaboration avec Nick Knight. Quelle fut la genèse de ce projet? 

C'est un beau projet. Nick Knight et moi nous connaissions, mais n'avions jamais travaillé ensemble. Je savais qu'il aimait ce que je fais. Nous nous sommes donc rencontrés il y a six mois, et il m'a dit qu'il voulait réaliser un shooting sur mon travail, et qu'il comptait le faire avec l'aide d'un styliste. J'étais d'abord hésitant, car je n'ai pas vraiment l'habitude de travailler avec des stylistes. Mais lorsqu'il m'a dit que ce serait Simon Foxton, j'ai dit : "Oui, bien sûr!". Simon est un héros pour moi. Il est donc venu à Anvers, et a passé une journée entière à sélectionner des pièces. Puis nous sommes allés à Londres, et Nick a réalisé cette superbe séance photo. Il a demandé aux mannequins d'être aventureux, de foncer vers la caméra. Le résultat dégage beaucoup d'énergie.

 

30 YEARS OF CREATION

The exhibition, which opens tomorrow, compiles 30 years of creation. I guess going through all these pieces must have been quite emotional?

 

It was a very emotional process. I've kept everything since I graduated back in 1981, of course, sometimes more or less of a collection. The pieces were scattered in attics around Antwerp. Everything arrived here at my store six months ago, and as I opened the boxes, I remembered all the models, what happened at that time... So it brought back many memories, good and bad. And selecting 100 looks was not easy. It was like doing a puzzle at times.

Looking back at these clothes with fresh eyes, which collection is your favourite?

 

I like the fact that all these clothes look like one big collection. The overall message and feeling are the same, despite all the years separating them. They are all united by a recognizable signature. I'm proud of having achieved that.

One of the show's highlights is the outstanding collaboration with Nick Knight and Simon Foxton. How did it all happen?

 

It's a beautiful project. Nick Knight and I had never worked together, although we knew each other and had had contact before. I knew he liked what I do. So we met half a year ago, and he told me he wanted to do a photo shoot about the body of my work. He then added I would have to work with a stylist. I was a bit dubious at the beginning, because I don’t normally work with stylists. And then he said it would be Simon Foxton, and I said: "Yes, of course!". He's one of my all-time heroes. So Simon came to Antwerp, and spent a whole day selecting outfits from my archives. We all went to London, and Nick did this amazing shoot. He instructed the models to be adventurous, to run and jump into the camera. He put a lot of energy into the pictures.

Credit: Ronald Stoops

Credit: Ronald Stoops

Credit: Elisabeth Broekaert

Pictures: Elisabeth Broekaert

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Catégorie: Fashion - Tags: Walter Van Beirendonck, momu