Files - THE MAGICIAN INTERVIEW

Est-ce que tu peux nous donner ta formule magique… pour attirer l’attention du monde entier et la conserver ?
Tu sais, un magicien ne révèle jamais ses tours… Bon, je vais en révéler quelques-uns. J’ai commencé la musique à l’âge de 12-13 ans, vers 1988 – j’avais reçu deux platines vinyles avec une collection de disques. Alors j’ai appris à enchainer les discs avec mon oncle, qui était DJ... Je suis complètement tombé dedans ; et voilà, j’ai 35 ans, et je n’ai jamais arrêté. Je pense qu’avec Aeroplane, notre recette, c’est qu’on a commencé avec la culture du remix. On était très forts pour tout ce qui était blogs, réseaux sociaux…
Oui, j’avais préparé une question là-dessus… Elle devait tomber un peu plus tard, mais bon… on peut te considérer comme un des fils de l’ère d’Internet, Soundcloud, Youtube, ça a beaucoup contribué à votre renommée… Alors, est-ce qu’Internet rend la musique plus, ou moins magique ?
… Je pense qu’il faut vivre avec son temps. Internet aujourd’hui, c’est la nouvelle façon de partager la musique. Les gens ne vont plus chez le disquaire, ça existe de moins en moins en tout cas. Bien-sûr, je suis très nostalgique des anciens moments, de rencontres avec d’autres DJs, de moments d’échanges plus vrais qu’aujourd’hui, où t’envoies simplement un mail avec un mp3. C’est vrai qu’on y pense entre vieux potes DJs, on se dit « tu te souviens, en 96, on allait chercher nos disques drum n’bass à Londres, c’était dingue.. »… C’était différent en fait. La recherche est différente, on parcourt les blogs, les disquaires en ligne. Ça avance très vite en fait, donc je ne me pose pas trop la question. C’est différent.
Bon, je reprends la suite de ma première question. Cette fois, il me faut ta recette magique pour faire un album lorsque t’es plus qu’attendu au tournant ? Vous étiez déjà au summum avant d’avoir réalisé We Can’t Fly…
C’est très difficile – et dans notre cas, ça a été encore plus compliqué, parce qu’on s’est séparé juste avant la sortie de l’album. Je ne l’ai pas vraiment vécu cet album, finalement... J’ai vécu la production, mais les répercussions de la sortie, bonnes ou mauvaises, je ne les ai pas vraiment vécues.
Tu t’es séparé de Vito de Luca. Pourquoi ? Est-ce qu’on peut dire que la magie avait disparu entre vous ?
La magie a disparu entre nous. Déjà depuis un petit temps, elle avait disparu - depuis la création et la pression de cet album. En fait… on l’a annoncé cet album, deux ans avant la sortie… et on a eu la pression de le terminer, et en plus de ça, on avait des demandes de remixes, on tournait beaucoup… Ça nous a rendu un peu fous quoi.
Votre relation maintenant, elle est comment ?...
Notre relation maintenant, elle est nulle. Je dirais que c’est plutôt moi qui ai pris la décision qu’on ne se voie plus. Il m’a proposé de m’aider après la séparation, mais moi je voulais prouver, me prouver aussi, que je pouvais faire de la musique tout seul. Tu vois, ça n’allait plus, notre relation se détériorait. Alors un jour, on a décidé de prendre une solution : je le vivais très mal, et lui aussi. C’était le meilleur choix possible, qu’il continue avec le nom : il avait écrit l’album en grande partie, et savait mieux comment amener l’album au live en fait – il l’avait composé, pensé... Tu sais, mon rôle dans « We Can’t Fly », il a été moindre que dans ce qu’on a fait auparavant. Pour plein de raisons. Au début, c’était relax, on faisait de la musique quand on voulait. Le studio était chez lui, et j’ai déménagé à une heure de là, ça compliquait aussi un peu les choses. On a eu cette pression de faire un album par le label. Il a écrit l’album, les mélodies, seul. Je pense que cette pression, malheureusement, elle se ressent un peu à l’écoute : il y a un côté décousu… oui, on ressent ces tensions. Je suis très content de l’album, mais je pense qu’on aurait pu faire quelque chose… de différent. En tout cas les gens ne s’attendaient pas à ça ; peut-être parce qu’à la fin, j’avais moins mon mot à dire, je m’impliquais moins aussi, par respect, parce qu’il avait tout écrit, pensé… C’était une relation assez compliquée. Et un album pop… J’avais plus la culture du DJ, lui, plus la culture de compositeur.
Sur cet album, vous avez travaillé avec un grand magicien français : Bertrand Burgalat. Tu peux nous en parler un peu ?
C’est une personne que je respecte beaucoup. Je suis assez triste de ne plus le voir – même si je sais qu’il est très occupé, et moi aussi… On a passé de très bons moments ensemble, à Toulouse, pendant l’enregistrement de l’album. Comment le décrire ? C’est quelqu’un qui… (il réfléchit un instant le sourire aux lèvres) C’est quelqu’un qui peut rester très calme pendant des heures, tourner en rond dans le studio, puis tout à coup va avoir une idée, et c’est une idée qui va faire basculer le morceau : c’est l’idée magique Il a une très bonne oreille, une oreille pop, c’était une très bonne idée de faire cet album avec lui. Je pense qu’il a été très déçu de notre séparation. Il nous a connus tous les deux, nos caractères très différents… Je ne sais pas s’il est content du résultat de l’album. Je n’ai pas eu de contact avec Bertrand depuis… La séparation, c’était difficile. C’est difficile d’être dans le feu de l’action, sous le feu des projecteurs… Et puis te retrouver… t’as l’impression de tout perdre. Un projet dans lequel t’as investi ta vie, finalement. Même si j’étais conscient que c’était mieux comme ça. Et heureusement que j’ai élaboré mon projet tout de suite après. Cette période-là, je voulais vraiment ne plus y penser, passer à autre chose. Je voulais éviter le plus de monde possible qui touchait à ce projet... Le temps de faire mon deuil, quelque part.
On parlait de vos débuts tout à l’heure ; vous avez connu le succès avec des remixes, et ça continue pour toi aujourd’hui (on peut penser par exemple à celui de Lykke Li qui a super bien marché…). Qu’est-ce que tu considères comme étant le plus magique à partager? La relation du live, des remixes, ou de l’album préparé en studio et écouté dans les enceintes du salon ?
Il y a deux moments que je préfère… c’est d’abord le moment où j’ai le truc - j’ai l’idée du morceau. Et ensuite, l’excitation de le faire découvrir aux gens. Et je l’ai autant avec les morceaux que je produis qu’avec les morceaux d’autres artistes que je place dans mes Magic Tapes. Le remix, je le reconsidère un peu comme un hommage, et puis, ça peut aussi permettre à l’artiste d’écouter son original dans un autre style, dans d’autres conditions… J’adore remixer. Le remix, ça va plus vite. (Après un court moment de réflexion) …mais pas toujours en fait. J’essaye de limite refaire une mélodie autour de la voix. Finalement, j’essaye presque d’en faire un nouveau morceau.
Si tes pouvoirs te donnent la possibilité de créer un truc un peu fou, pour tes lives par exemple. Ca serait quoi ?
J’aimerais bien… me faire apparaître au début de mon set et disparaître à la fin… Mais je ne veux pas tomber dans le cliché du magicien non plus en fait ; éviter les chapeaux, les lapins, les colombes… Le projet, à la base, il y a un côté un peu classe ; je joue en costume, mais pas vraiment costume non plus, puisque je suis en short ; il y a un côté un peu trendy… C’est un peu le magicien trendy quoi !
Pour finir, tu peux nous parler de tes coups de cœurs musicaux récents ?
J’adore l’artiste anglais Tyson, sur le label Backyard. Il a sorti deux singles l’année dernière, et il revient avec un single, « After you’re gone », en vue d’un album… Il tourne déjà, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir en concert. A mon goût, c’est un des seuls artistes d’aujourd’hui qui arrive à retransmettre la musique des années 80 avec la production actuelle… C’est canon. C’est mon cœur de cœur de cette année. Et puis Metronomy : j’écoute en boucle.
Et ton top musique éternel ?
Thriller, bien-sûr… Je viens de la pop musique : Supertramp, ABBA, Madonna, ce qui passe à la radio finalement. Eye in the Sky d’Alan Parsons. Rectangle de Jacno – peut-être un des premiers morceaux que j’ai entendus dans ma vie, c’était la musique de la pub Nesquik à la télé. Encore maintenant, j’adore ces sons de pop synthétique. Ce morceau m’a beaucoup influencé et m’influence toujours. Gainsbourg, pour sa musique, et le personnage, aussi, que j’aime beaucoup. J’adore la composition de Michel Berger. Des artistes italiens aussi, comme Lucio Battisti. Je suis plutôt issu de la pop, je n’ai pas vraiment une culture rock en fait. Plutôt pop, disco, funk…
Des projets The Magician à venir?
J’imagine que vous savez que je travaille avec Yuksek…
Ouais, il y a déjà un ou deux morceaux…
Oui, Peter & The Magician… on a travaillé sur d’autres morceaux, cet été… on n’a pas du tout de dates, mais on essaye de se voir un maximum en studio –ce qui n’est pas facile, vu nos agendas respectifs… Mais on a envie d’aller assez loin avec ce projet.
Il y a aussi une application iPhone The Magician qui sera disponible sur l’Apple Store gratuitement le 10 octobre, avec un petit jeu musical interactif. Pour le fun quoi, c’est juste cool… Tu veux que je te montre ? (on se marre un petit moment sur la démo de l’appli, qui permet d’enregistrer des boucles avec des sonorités nu-disco). Ce qui est cool, c’est que tu peux te l’envoyer entre potes après.
Je n’ai pas de dates à Paris dans les prochains mois, mais je serai à Reims le 7 octobre à l’Electricity Festival, avec Yuksek, Metronomy, The Shoes, à Bruxelles le 8 octobre et à Londres le 3 décembre pour une Kistune,
Et bien-sûr, mon EP featuring Jeppe, avec plusieurs remixes, qui sort lundi. C’est un morceau pop, un peu disco, un peu house, et il y a une version plus club aussi…
Un morceau magique ?
Haha, oui c'est ça, un morceau magique. ☺
How do you explain your magic spell... to grab, and hold, the whole world’s attention?
You know a magician never reveals his secrets... J Okay, I can tell you a few. I started playing music when I was 12-13 years old, around 1988 – I was given two turntables and a record collection. So I learned to spin the records with my uncle, who was a DJ... I fell into it; and there you go, I’m 35 and I haven’t stopped. With Aeroplane, I think our formula is that we came out of remix culture. Our strength came from blogs, social networking...
I had a question about that... Well, it was meant for later, but okay... You could be considered a product of the internet era; Soundcloud and YouTube definitely helped you make your name... Do you think the internet takes some of the magic away from music?
...I think you have to live in the now. The internet today is the new way of sharing music. People don’t go to record stores any more, or at least there are fewer and fewer of them. I’m definitely very nostalgic for the old days, meeting other DJs, moments of exchange that were truer than today’s, where you just send an email with an mp3. It’s true that amongst my old DJ friends we say things like “Do you remember how crazy it was in 96 when we went to London to get our drum n’bass albums?” It was different. The search is different, we check blogs, online record shops. Things change quickly, so I don’t think about it too much. It’s different.
Cool, back to my original second question. This time, I need your magic spell for making an album when you’ve been touring nonstop? You were already at a peak before producing We Can’t Fly...
It’s hard – and in our case, it was made even more complicated by us breaking up just before the album released. At the end, I didn’t really deal with that album... I was there for the production, but the repercussions of its release, both good and bad, I didn’t really have to handle.
You and Vito de Luca split up. Why? Could it be said that the magic between you disappeared?
The magic between us disappeared. It had already been gone for a while – since the creation of the album and the pressure of making it. Actually... we announced the album two years before it came out... there was a lot of pressure to finish it, and on top of that people were asking us for remixes, we were touring a lot... It was making us go a little crazy.
How’s your relationship now?
There isn’t a relationship now. I can say that the decision to not see each other anymore was mostly mine. He offered to help me after the split, but I wanted to prove to everyone, and to myself, that I could make music alone. It wasn’t working anymore, our relationship was deteriorating. So one day we decided that we needed a solution: we were both dealing with it badly. The best possible choice was that he continued with the name: he’d written most of the album and knew best how to work it live – he’d composed it, thought about it... You know, my role on We Can’t Fly was less than it had been in our earlier stuff. For many reasons. At the beginning it was relaxed, we made music when we felt like it. The studio was at his place, and I’d moved an hour away, which complicated things. Our label was pressuring us to make an album. He wrote the album, the melodies, alone. Unfortunately, I think, the pressure can be felt on the album: it can feel disconnected... yep, you can feel the tension. I’m happy with the album, but I think we could have done something...different. Either way, people weren’t expecting this; it may be because at the end I had less input, I was less involved, out of respect, because he wrote everything, worked everything out... It’s a complicated relationship. And a pop album... I was more into DJ culture, he was more into composing.
You worked on this album with Bertrand Burgalat, one of the great French magicians. How was that?
He’s someone I respect a lot. I don’t see him anymore, which makes me sad – even though I know we’re both very busy. We had some good times together in Toulouse while recording the album. How to describe him? He’s someone who... (he pauses for a moment, a smile on his lips) He’s someone who can stay very calm for hours, just hanging around the studio, and then suddenly have an idea, and it’s an idea that will change the song... it’s the magic! J He has a very good ear, a pop ear, and it was a good idea to do this album with him. I think he was upset when we separated. He knew us both, knew our different dispositions... I don’t know if he is happy with the results of the album. I haven’t had any contact with Bertrand since... The separation was hard. It’s hard to be in the heat of action, under the fire of the projectors... and then to find yourself... you feel like you’ve lost everything. When it comes down to it, you’ve invested your life in the project. I don’t really want to think about those times anymore, ask something else. I want to avoid as many of the people who were involved in this project as I can. I need time and space to grieve.
We were just talking about your beginnings; you became known for your remixes, something you keep up today (for instance, the Lykke Li remix that worked really well...). What do you consider the most magical to share? The live connection, your remixes, or a studio album listened to in the confines of a room?
I have two favourite moments... first the moment when I have the thing – I have the idea for a song, and then the excitement of sharing it with people. I get that feeling as much with my own songs as I do with the songs by other artists I choose for my Magic Tapes. I consider remixing to be a bit of homage, and it can also let the artist listen to their original in a new style, under other conditions... I love remixing. Remixing happens faster. (After a short reflection) ...but not always, actually. I try to limit remaking a melody around the voice. I’m more or less trying to make a new song.
If you had the power to create something kind of crazy, for your live show, for example, what would it be?
I would love... to appear from nowhere at the beginning of my set and disappear at the end... But I don’t want to become a clichéd magician; forget hats, rabbits, doves... At the base the project has a style; I play in costume, but it’s not even really a costume, since I’m in shorts... It’s kind of trendy... I guess I’m the trendy magician! J
To finish up, can you tell us about your latest favourite music?
I love the English artist Tyson, on the label Backyard. He put out two singles last year, and he just released the single After You’re Gone, with an album coming up... He’s already touring, but I haven’t had the chance to see him in concert. He’s one of the only artists today managing to retransmit the music of the 80s using today’s production... I think it’s great. He’s my heart of hearts this year. And Metronomy: I listen to them on repeat.
And your favourite music of all time?
Thriller, of course... I started with pop music: Supertramp, ABBA, Madonna, all stuff that was playing on the radio. Alan Parsons’ Eye in the Sky. Rectangle by Jacno – probably one of the first songs I ever heard, since it was the music in a Nesquik commercial. I still love the sounds of synth pop. That song influenced me a lot, still does. I love Gainsbourg for his music, and as a character. I adore Michel Berger’s composition. Italian artists too, like Lucio Battisti. I’m way more into pop, I don’t have much of a rock background. More pop, disco, funk...
Does the Magician have any projects up his sleeve?
I think you know I’m working with Yuksek...
Yeah, there’s already one or two tracks...
Yes, Peter & The Magician... we worked on other songs this summer... we don’t always have time but we try to see each other in the studio as often as possible – it’s not easy, seeing as our schedules don’t always mesh... but we want to go places with this project.
There’s also a The Magician iPhone app that will be available free on the Apple Store on October 10, with a little interactive musical game. Just for fun, like, it’s just cool... You want me to show you? (we spend a couple of minutes laughing over the app’s demo, which lets you record loops with nu-disco tones). What’s cool about it is that you can send it to your friends when you’re done.
I don’t have any dates coming up in Paris, but I’ll be at the Electricity Festival in Reims on October 7, with Yuksek, Metronomy, and The Shoes, in Brussels on October 8 and in London on December 3 for a Kistune. And, of course, my EP featuring Jeppe, with a bunch of remixes, that comes out Monday. It’s a pop track, a bit disco, a bit house, and there’s a club version...
A magic track?
Haha, this is it, a magic track. ☺
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