Files - THE DANIEL FREITAG INTERVIEW

Texte Pierre-henri Camy - Date 22 Aôut 2012

A l'occasion du lancement du livre "Freitag : out of the bag", WAD a rencontré Daniel Freitag, l'un des deux frères à l'origine de la marque de sacs faits de bâches de camions de transport. Les inventeurs du "collector de masse".

 

Daniel, pouvez-vous décrire le client Freitag : d'où vient-il, où va-t-il, et que trouve-t-on dans son sac? Qui était-il au lancement de la marque il y a 20 ans, et qui est-il aujourd'hui?

À l'époque, il y avait une sorte de scène créative, "l'industrie créative" faite d'architectes, graphistes, journalistes... tous des créateurs. On trouvait des crayons, des carnets de croquis et bien sûr leurs ordinateurs portables dans leurs sacs. Ça a sûrement pas mal changé, ils sont beaucoup plus nombreux désormais, mais ils ont toujours quelque chose en commun, plus trop dans leurs sacs, mais dans leurs têtes (rires). Ils partagent les mêmes valeurs humaines, et on peut les reconnaître car on trouve dans leurs sacs plus de tickets de train et de clés de cadenas de vélos que de permis de conduire... Leurs valeurs sont souvent identifiables aux objets qu'ils transportent.

Où trouvez-vous les bâches de camions qui servent à la fabrication de vos sacs?

Quatre personnes travaillent à Zurich dans le service d'approvisionnement. Ils se rendent parfois sur les autoroutes, ou à la frontière, pour prendre les numéros de sociétés de transports qui ont des bâches sympas. Ils essaient ensuite de les contacter. Nous nous rendons aussi sur des salons, des sortes de "foires aux camions", des salons professionnels pour les sociétés de transport. Nous faisons même de la pub (rires), ce qui est un peu inhabituel quand on cherche à acheter quelque chose. Il nous faut déployer beaucoup d'efforts pour obtenir une vieille bâche détériorée (rires). Il nous faut ensuite la couper, la nettoyer, et passer par plein d'autres étapes qui ne sont pas nécessaires quand vous utilisez des matériaux nouveaux. On coupe tout d'abord les bâches, puis on enlève les morceaux de métal et les doubles épaisseurs, et on les retaille pour qu'elles rentrent dans nos machines à laver. Ensuite, on les trie par couleurs et on essaye de trouver la bonne quantité pour avoir un mélange de couleur harmonieux à la fin de la fabrication. En fait, dès le début, on essaye de trouver un bon mélange de couleurs. 

On peut voir dans le livre un sac conçu à partir d'une bâche Coca-Cola, que l'on pourrait associer à une collaboration... Coca était impliqué?

Non, pas du tout.

Les sacs faits de graphismes emblématiques sont-ils collector ou vendus au même prix que les autres?

Au même prix, on ne fait aucune différence entre les "sacs spéciaux" et ceux plus classiques. On sait pourtant que les accros de Freitag les adorent, ces gars qui viennent sur notre site tous les jours, qui achètent de suite les nouveaux sacs. On peut en voir certains dans le livre, des acheteurs fous qui passent des heures sur le site pour acquérir leurs prochains sacs.

Comment avez-vous réussi à préserver la simplicité de vos produits tout en les faisant évoluer au fil de deux décennies?

On a des principes chez Freitag, et l'un d’entre eux est la "simplexité" (rires). Être "simplexe" est un but pour nous. Même si elles sont simples et faciles à comprendre, d'une manière ou d'une autre, il y a dans nos créations de la profondeur et de l'intelligence. Cela fait partie de notre philosophie. Notre ligne "Reference" est plus élaborée, avec des formes plus complexes. On n'aurait pas pu fabriquer un sac "Reference" il y a 18 ans : notre technique et nos compétences se sont améliorées grâce à notre équipe, à l'expérience et à notre apprentissage.

Le vécu de vos clients influence-t-il l'évolution de vos créations?

En fait, nous sommes dans une situation confortable, nous dessinons et fabriquons pour nous-mêmes, comme si on nous étions notre propre cible. Bien sûr, l'équipe est plus grande, ce n'est plus seulement mon frère et moi... On a besoin du challenge et de l'avis neuf venant de nos collaborateurs.

Est-il possible de quantifier les bâches utilisées par Freitag depuis son lancement?

Difficilement, je peux juste vous dire que pour une année de production, cela représente cent kilomètres de camion "cul à cul", comme dans un embouteillage.

For the release of the book "Freitag : out of the bag", WAD met Daniel Freitag in Paris. He is one of the two brother who founded the bag brand made of trucks tarps. The inventors of "mass collector" bags.

 

How can you describe your customer, where does he come from, where does he go, and what's inside is Freitag bag? Your customer back in the days when you launched Freitag and the one of 2012?

Back in the early days there was this kind of creative scene, the "creative industry": architects, graphic designers, journalists... creators. In their bags there were pencils, sketchbooks and their laptops of course. Now, it has probably changed, a much wider sort of crowd, but they still have something in common, not in the bag, but in the head (laughs). Sometimes you recognize them because they have more train tickets than driving licenses and keys of bicycles padlocks… You might recognize their values in the objects they carry around.

How do you get the trucks tarps that you use to create your bags?

We have four people in Zurich working in the sourcing department. Sometimes they go to freeways on the boarder to write down phone numbers from the nice truck taps, trying to call them up. On the other hand, we sometimes go to fairs. Trucking guys have sometimes industry fairs, kind of "trucks trade shows", so we go there and we say: "Hey we are Freitag and we are buying your old stuff!". We even do advertising to buy (laughs), which is a kind of unusual marketing for buying. It's a lot of effort until you get a dirty old tarp (laughs). And then starts the job of cutting, cleaning, and a lot of steps, which you don't need to do if you have only new materials. First we cut them down, take off the metal parts and the double layers, cutting them into sizes that fit into our washing machines. Then, we sort them by colours and we try to fit them in the production in the right amount, so that we have good colours mix at the end of the production. Actually, even in the beginning, we try to find the right colour mix.

In the book, we can see a bag made from a part of a Coca-Cola tarp, we could easily call it a collaboration... Was Coca officially involved?

No, not at all.

Are these bags with very iconic graphics sold as collectors or at the same prices as "average" ones?

Same price, we don't make a difference between "special nice bags" and more simple ones. Freitag "freaks" love them, the kind of guys who are on our webshop everyday and if a special bag appears they kind of buy it right away. You can see some of them in the book, crazy customers who have a whole collection, for hours they click around our webshop trying to find their next special bag.

 How did you manage keeping your products really simple but also making them evolve during two decades?

We have some principles at Freitag and one of them is "simplexity" (laughs). I think it's a goal to be "simplex". Even though it it very simp and easy to understand, somehow there's a lot of brain and deepness in it. This is still part of our philosophy. The "Reference" line is more elaborated, with more complex shapes, we wouldn't have been able to product a "Reference" bag 18 years ago. The skills got better with our team with the experience and our learnings. 

Do you stay close to your customers/users stories and points of view on your products to make them evolve?

We are in a comfortable situation: we still produce and design for ourselves, seeing ourselves as the target group. Of course, the team has grown bigger and it's not just my brother and myself... We need the fresh challenge and opinion of our younger collaborators. 

Regarding the total amount of tarps which were used to produce your whole products since day one, how many equivalent of trucks does it represent?

For a year of production it's the equivalent of a hundred kilometres of trucks if you put them all in a traffic jam.

 

CUTTING

WASHING

BAG DESIGN

PRODUCT DEVELOPMENT

Quel a été le dernier shop ouvert par Freitag?

C'était à Tokyo, en octobre 2011. Précédemment, ce fut à New York, en mai 2011, à Vienne, au printemps 2011, et à Cologne et Berlin.

Quelles sont les attentes de vos clients japonais?

Nos fans les plus fidèles se trouvent au Japon, historiquement. J'ai l'impression qu'ils ont découvert chaque petit détail de notre histoire. Ils ont remarqué quand on a changé notre logo, régissent quand nous plaçons des blagues cachées, etc. Ils reconnaissent et apprécient tout. Certains ont une collection plus grande que la mienne.

En quoi vos boutiques sont-elles originales?

À Zurich, par exemple, il y a des livraisons quotidiennes dans le magasin. Avant l'ouverture, les vendeurs vont à l'usine avec des vélos de transport et réapprovisionnent les stocks vendus la veille. Si 20 sacs ont été vendus, ils en livrent 20 nouveaux. Vous pouvez venir au "F store", le nom du magasin de Zurich, et trouver un sac différent chaque jour. Notre notion de "l'exclusivité" n'est pas la même que celles des autres marques.

Avez-vous déjà installé un magasin Freitag dans un camion nomade?

L'idée nous est plutôt familière et on adorerait le faire, mais on n'a pas encore réussi (rires)!

Votre marque est liée à une certaine philosophie écologique. Dans le futur, si les camions venaient à disparaître pour laisser place à un système de transport plus vert, ce serait peut-être la fin des produits Freitag : plus de camions, donc plus de bâches, donc plus de sacs?

Avec un peu de chance, il y aura un jour plus de camions qui respectent l'environnement. Ils utiliseront donc plus de sources d’énergie renouvelables. Mais pour transporter des choses, il va être difficile de vraiment les "éliminer". Même s'il n'y avait plus de camions, avec toutes les bâches qu'on trouverait, il y aurait toujours de quoi faire.

Avez-vous essayé de travailler avec d'autres matériaux?

On a travaillé avec toutes sortes de matériaux, mais on a surtout essayé de rester cohérents, parce qu'on a le sentiment que ça fait partie de notre histoire : des ceintures de sécurité de voitures, des chambres à air de vélos, des bâches de camions… Tout ça vient de la rue, et on le ramène dans la rue, sous la forme de sacs.

Quelle est la chose la plus surprenante que l'on puisse apprendre dans le livre "Freitag : out of the bag"?

On apprend surtout qu'avoir une bonne idée de produit est un instant éphémère, mais que développer une marque est une bien plus longue histoire (rires)!

http://www.freitag.ch/

What were the last Freitag stores opened?

The latest one was in Tokyo, in October 2011. And before that, it was in New York, in May 2011, Vienna during Spring 2011, Cologne and also Berlin.

What are the needs of Japanese customers?

Since a long time we have our biggest fans in Japan. I just have the feeling that they discovered every little detail of our story. They recognized when we changed our label, when we have a little hidden joke and so on. They recognized and appreciated everything. They have biggest collections than I have.

How are your stores original?

In Zurich, we have daily deliveries in the shop. Before she open the storefront everyday, our sale team go to the factory with transport bicycles and take the bags that have been sold the day before. If 20 bags have been sold, they will deliver 20 bags. You can come everyday in the Zurich store, which we call "F Store", and find a different bag. Notion of "exclusivity" is not the same for us than for other brands.

Did you ever try to install a Freitag store in a nomad truck?

The idea is quite familiar with us and we would love to do it, but we didn't manage to do it yet (laughs)!

Freitag is linked to a kind of ecological philosophy... If trucks would disappear in the future for the benefit of greener transports systems, would it be the end of Freitag bags, because no more trucks, no more tarps, no more bags...

Hopefully, one day, we will have more sustainable trucks. So they might use more sustainable sources of energy. But to move around stuff, trucks will be difficult to "eliminate". Even if there was no more trucks, with all the tarps around, we'll still have something to do.

Did you try to work with other materials?

We have been confronted with all sorts of materials, but we tried to be extremely consistent because we have the feeling that it is part of our story: seat belts, inner tubes from bicycles, tarpaulins from the trucks... Everything comes from the streets, and we bring them back on the streets, in forms of bags.

What is the most surprising thing one will learn when reading the "Freitag : out of the bag" book?

What you can learn is that having a good product idea is a short moment: building up a brand is a longer story (laughs)!

http://www.freitag.ch/

THE REFERENCE LINE

MARKUS AND DANIEL FREITAG DURING TOKYO STORE OPENING

DETAIL OF THE ZURICH STORE

THE ZURICH STORE

Catégorie: Design