Files - Sacha Walckhoff Interview

Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ?
Sacha Walckhoff, directeur de la création de La Maison Lacroix depuis 2010, élevé en Suisse, j'ai fait mes études de style à la "Escuela de Artes y Tecnicas de la Moda" à Barcelone et j’ai précédemment travaillé pour des maisons telles que Dorothée Bis, Michel Klein ou Kenzo.
La mode, une histoire de toujours ?
Avec une grand-mère modiste à Paris et une mère que j'ai vu à sa machine à coudre toute mon enfance on peut dire ça, même si aujourd'hui, le design, l'art ou la décoration sont intimement liés à cette profession qui se réinvente sans cesse... et c'est passionnant!
17 ans avec Lacroix, ce n'est pas rien. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Les souvenirs sont là, je pourrais écrire un roman... Mais je ne vis pas dans le passé, c'est surtout l'avenir qui m'intéresse!
La menace du dépôt de bilan... Pouvez-vous nous expliquer comment cela s'est-il déroulé ?
Les choses se sont dégradées petit à petit, cette maison vivait bien au-dessus de ses moyens depuis sa création en 1987. LVMH a jeté l'éponge en 2005, le Groupe Falic a repris le flambeau pour s'apercevoir assez vite et une quarantaine de millions d'euros investis plus tard que la maison et son fonctionnement était obsolètes malgré son "aura" médiatique indiscutable. L'année 2009, avec la cessation de paiement en juin, et non pas le dépôt de bilan comme beaucoup l'ont relayé, celle du départ de Christian qui a "quitté le navire " en juillet 2009 et surtout les 5 derniers mois , jusqu'au jugement du Tribunal de Commerce de Paris, en décembre, qui a décidé du plan de continuation et donc de la suppression de la majorité des postes de la maison ont été très difficiles à vivre pour tous, ceux qui sont partis comme ceux qui sont restés... mais cela me parait être très loin déjà!
Puis une ère sous licences : lunettes, tissus... jusqu'au prêt-à-porter homme que vous relancez au défilé de la boutique de St-Sulpice. Comment avez-vous ressenti ce renouveau ?
A vrai dire, les licences ont toujours été une activité majeure chez Lacroix, tout était sous licences, exceptés la Haute Couture et le prêt-à-porter les dernières années, car ils étaient déficitaires... Être sous licence veut dire que l'activité est rentable, on l'oublie souvent. En fait, lorsque vous avez des partenaires en licence, cela veut simplement dire que votre marque est désirable et se vend bien! Avec Nicolas Topiol, le CEO de Christian Lacroix SNC, nous ne pouvons que nous réjouir de l'intérêt nouveau que la marque à l'air de susciter ces derniers temps mais ce ne sont que les tout premiers résultats d'une stratégie de reconstruction sur des bases financières saines et correspondants à une réalité de marché qui n'est pas si tendre ces derniers temps...
Who are you? Where are you from?
Sacha Walckhoff, head of design at La Maison Lacroix since 2010, raised in Switzerland, I finished my style education at the ‘Escuela de Artes y Tecnicas de la Moda’ in Barcelona, and I have worked in the past for labels such as Dorothée Bis, Michel Klein and Kenzo.
Is fashion forever?
You could say that, with a grandmother who was a milliner in Paris and a mother whose sewing machine was present throughout my childhood, even if today design, art and decoration are intimately tied to the profession, which is constantly reinventing itself… it’s exciting!
17 years with Lacroix is no small matter. What memories will you carry with you?
The memories are there, I could write a novel… But I refuse to live in the past, I’m much more interested in the future!
The threat of being on the edge of bankruptcy… Can you explain how this happened?
Things fell apart bit by bit. The label had been working beyond its means since its creation in 1987. LVMH threw in the towel in 2005 and the Groupe Falic picked up the torch, investing forty million euros only to realise that the label and its operations were obsolete despite its indisputable media allure. In the year 2009, payments ended in June, and despite reports, there was no declaration of bankruptcy; Christian ‘jumped ship’ in July 2009, and the last 5 months, up until the Paris Tribunal of Commerce decided on the continuation plan and cut most of the positions at the label, which was hard on everyone, those who left and those who stayed… but all this already seems so long ago!
You’ve entered into an era of licensing: glasses, fabrics… down to the men’s prêt-a-porter being re-released at the St-Sulpice boutique. How do you feel about this revival?
To be honest, licensing has always been a major activity at Lacroix. Everything was licensed, with the exception of the haute couture and the prêt-a-porter in recent years as they were losing money… To be licensed means that the activity is profitable, something often forgotten. In fact, to have licensing partners is simply to say that your label is desirable and sells well! With Nicolas Topiol, the CEO of Christian Lacroix SNC, we can only rejoice in the new interest the label seems to be drumming up lately, even if its just the very first results of a reconstructive strategy built on healthy financial bases, which correspond to the reality of a market that has been harsh for the past little while…


Il y a quelques semaines, vous nous avez gâté d'un très beau défilé aux Beaux Arts, comment avez-vous conçu cette collection ?
Pour la première fois depuis ma nomination au poste de Directeur de la Création, je me suis amusé avec les codes Lacroix, mais ce sont plutôt des clins d'œil, des références et, pourquoi ne pas le dire, une sorte d'hommage au passé un peu "histoire de la mode" de cette maison. La croix brodée par le studio, de broches et de badges vintages sur un sweatshirt, directement inspiré d'une veste couture brodée par Lesage en 1988, en est le parfait exemple et symbolise aussi le travail que nous faisons depuis deux ans maintenant. La maison a très peu de moyen, les budgets sont tendus, mais cette tension nous pousse à toujours plus de création, plus d'idées, comme par exemple faire participer nos "fans" Facebook à la réalisation de la vidéo du show cette saison et, je dois le dire, le résultat est à la hauteur de nos espérance.
Vous m'avez dit que c'était la collection la plus aboutie depuis que vous avez repris Lacroix, qu'en sera-t-il de la prochaine ?
Oui, c'est vrai, je vous ai dit ça la veille du show, dans l'excitation du moment. Je le pense toujours mais j'espère bien pouvoir le dire de la prochaine également, et de la suivante! C'est ce pourquoi nous faisons ce métier ; nous surpasser à chaque fois pour toujours proposer au public des produits désirables car sans eux nous n'existons plus... et je sais de quoi je parle!
La maison Christian Lacroix renoue-t-elle aussi bien avec la nouvelle génération que vos clients de longue date ?
Pour moi c'est une maison avec des valeurs universelles : la tolérance, la mixité, le respect de la différence, la mémoire du passé et la faim d'un avenir radieux, d'une joie de vivre indestructible... Je pense que cela parle à toutes et tous, tout âges et confessions confondus...
Avez-vous gardé des liens avec Christian Lacroix ?
Non, son dernier mail date d'octobre 2009, il y parlait de fixer une date pour un déjeuner... J'attends toujours!
Comment voyez-vous le futur et que peux-t-on vous souhaiter pour la suite ?
Je suis un garçon très instinctif, je n'ai jamais fait de plan de carrière, ni sur la comète... Je travaille avec ma petite équipe, je suis très attentif aux résultats, à ce que l'on me dit, tout en restant le plus ouvert possible au monde, aux idées et aux choses d'aujourd'hui... Souhaitez moi de continuer comme ça et surtout d'évoluer et d'apprendre encore et toujours!
A few weeks ago you spoiled us with a very good show at the Beaux Arts. How did you come up with the collection?
I had some fun with the Lacroix codes, for the first time since I was named Director of Design, but they’re more just hints, references and, I might as well say it, a bit of an homage to the label’s ‘fashion history’ past. The studio’s embroidered cross, brooches and vintage badges on a sweatshirt, were directly inspired by a couture vest embroidered by Lesage in 88 and is the best example, also symbolising the work that we have been doing for the past two years. The label has very little and we’re working on tight budgets, but this tension pushes us to create more, to have more ideas, for example like having our Facebook ‘fans’ participate in making the video of the show this season, and I have to say it, the result exceeded our expectations.
You told me that this is the most successful collection in the time since you’ve taken over Lacroix. What does this mean for the next one?
Yes, it’s true, I told you that just before the show, in the heat of the moment. I still think it but I hope I can say the same about the next one, and the one after! This is why we’re in this business; to outdo ourselves every time so we can offer customers desirable products, as without them we wouldn’t exist… and I know what I’m talking about!
Is the Christian Lacroix revival as popular with the new generation as with your established clients?
To me the label has universal values: tolerance, diversity, respect for differing opinions, the memory of the past and hunger for a radiant future, an indestructible zest for life… I think that all of this appeals to everyone, of any age or creed…
Do you keep in touch with Christian Lacroix?
No, his last email was in October 2009. He talked about setting a date for lunch… I’m still waiting!
How do you see the future and what can we hope for your next steps?
I’m an instinctive boy, and I’ve never ha a career plan or set my sights on the stars… I work with my small team, I’m very mindful of results, to what people are saying, while staying as open as possible to the world, to ideas and to what is happening today… You can cross your fingers that I keep working this way and that I continue to evolve and keep learning, now and forever!








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