Files - OUR EXCLUSIVE TRIP TO BARBOUR'S FACTORY

Texte Christian Gerber - Date 11 Juin 2012

En juin, la météo fait ce qui lui plaît. Ou ce qui lui a plu, car il a beaucoup plu, télé-transportation gratuite au pays de Barbour, South Shields. Là où le service SAV maison réside et rafraîchit votre jacket à votre demande. C'est le moment de lui envoyer, en attendant le prochain été. Ou hiver, on ne sait plus, y'a plus de saison ma pauv' dame.

Ce n'est pas offense faite aux Anglais que de dire que la pluie constitue comme la frite en Belgique, la bière en Bavière ou le soleil en Sicile, un élément du décor. Au-delà du pittoresque de carte postale, le cliché a un intérêt explicatif : quand il pleut beaucoup, il faut lutter contre les larmes du ciel, notamment et aussi quand l'anticyclone retombe en dépression en plein juillet... La filière du vêtement imperméable anglais, devant répondre à une forte demande locale et profitant en outre des avancées pionnières de l'industrie textile nationale, est ainsi, et vite, devenue en ce domaine la maîtresse incontestée. On ne parle pas de soirées SM, mais de l'outerwear, pour continuer à parler "in English" et en particulier de la toile waterproof. Du fameux "imper" à la toile cirée, le textile made in Perfide Albion sait comment éviter la sensation de serpillière en guise de veste.

Patine, âge

Or en matière de toile cirée, s'il y a une maison qui se pose là, c'est bien Barbour. Installée dans la banlieue de Newcastle depuis la fin du XIXe siècle sous la férule du patriarche John Barbour, elle était loin d'être la seule marque british à vendre de la toile waxée comme on dit même ici, en France, pour ne pas dire cirée. Mais le savoir-faire de John et ses fils, transmis à toute la chaîne de production ouvrière a permis de se distinguer de la concurrence plus que rapidement. Tant et si bien qu'aujourd'hui, Barbour est une des trois seules marques anglaises à pouvoir afficher les titres de fournisseur à la fois de la Reine, du duc d'Edimbourg et du prince de Galles… Et ça, ça compte, surtout dans certaines couches de la dite bonne société, où s'afficher avec une Barbour est depuis des décennies l'équivalent d'une carte de membre du club. Le must étant qu'elle soit portée vieillie et usagée, signe qu'on fait partie de la famille depuis un poil plus longtemps que la dernière mode Heritage. Un signe de respect et de connaissance de la tradition. La bonne vieille tradition, inflexible au flux et reflux des fétiches d'une saison.

Service après vente de l'institution

Par là même, sachant que le temps non seulement ne détruit pas ses œuvres mais donne encore plus de valeur à ses produits, J. Barbour & Sons est de ces vénérables institutions qui ne prennent pas le client pour seulement une bourse à débourser. Comme une Barbour c'est pour la vie, tout client peut renvoyer sa veste à South Shields pour la remettre d'aplomb, ou la customiser selon ses propres désirs, telle poche supplémentaire pour tel besoin par exemple. Ou sauvegarder les ajouts faits directement par l'heureux propriétaire d'alors, comme celle de pépé qui l'a léguée à son petit-fils qui la voulait trop parce que trop à la page… Une Barbour c'est pour toujours, conçue pour passer les générations. Un morceau de patrimoine familial et c'est pour cette raison que les amateurs font souvent fi des coûts que cela peut représenter en cas de demande excentrique, d'après l'expérience de la charmante contremaître du service SAV. Si l'âge a fait disparaître le cirage, il ne faut pas, sachez-le, hésiter à la renvoyer là-haut dans le Nord de l'Angleterre pour un regraissage pro domo. Tout un art dont deux garçons façon social club à l'ancienne s'occupent : il leur faut environ un gros quart d'heure pour ce faire, sur une table chauffée à 74 degrés, toujours avec cette même cire qui ressemble de loin à de la vaseline.

 

Yes Cire!

Cette fameuse toile cirée Barbour ne doit donc surtout pas passer sous le bistouri comme Carla Bruni, tout l'intérêt est bien dans ses rides et les signes du temps qui passe. Par exemple, il est impressionnant de constater comment une toile de coton enduite à la façon Barbour peut, après les outrages du temps, se transformer pour prendre l'aspect dirait-on d'une peau naturelle. Les plus anciennes pièces aperçues au service SAV ou dans les archives protégées, pourraient en effet presque se confondre avec une sorte de cuir hyper tanné. Comme si la graisse de cette cire très particulière, en provenance directe de l'Écosse toute proche, était l’élixir d'une bizarre alchimie…

Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, ces antiquités ne prennent pas vraiment le poids des années dans leurs fils de coton, fidèles en cela à la punchline du plus ancien catalogue Barbour sauvegardé, celui de 1908, qui faisait la réclame de ce "special light-weight coat" : la cire c'est gras, mais n'engraisse pas. Pas les vestes en tout cas.

 

Fonction air

En cette époque antédiluvienne, les produits Barbour étaient par ailleurs loin de ce gentleman farmer colchique dans les prés avec le fox terrier, cette image du Sloane Ranger des années 80, l'équivalent de notre Bcbg à nous. Les vestes Barbour étaient alors destinées plutôt aux fonctions de la vie, le travail et ses loisirs, des dockers aux chasseurs en passant par les marins. Et le laitier aussi. C'est ainsi que Gary James, une des têtes bien pleines d'histoires et donc bien faites du département design, nous a montré une sorte de cape spécialement destinée à ce genre d'activité de plein air, l'air du très petit matin quand il fallait pousser le canasson et la carriole sur les chemins menant aux foyers attendant le lait frais du breakfast… Une (très) grande cape qui pouvait protéger totalement le corps dudit laitier, avec ouvertures intérieures pour juste passer les mains tirant les rênes, sans oublier des attaches intérieures pour pouvoir, une fois la matinée avancée et la température un peu montée, replier la cape sur elle-même… Un principe : l'utile avant l'agréable. Une fonctionnalité chère au génome Barbour, on ne reviendra pas sur ce qu'on a dit déjà : confer le WAD #51.

 

Si ce n'est répéter que des travailleurs de l'amer aux premiers motocyclistes et aux soldats de la guerre maritime, cette utilité première d'une veste Barbour fait que ceci explique cela : de la Ursula jacket à la International pour les motards, la légende était déjà en marche. En attendant l'explosion des années 80, quand les vestes Beaufort ou Bedale commencèrent à se vendre comme du petit pain pour bcbg rurbain…

Rebelote aujourd'hui.

En revanche, jamais de dix de der pour Barbour.

Barbour.com/fr

 

TEXTE CHRISTIAN GERBER

PHOTO WILEE

Catégorie: Art