Files - MINAS TREND PREVIEW FW13

D’accord, je le reconnais. Quand je suis arrivé au Brésil, que j’ai constaté que les billets d’avion prenaient le format de tickets de caisse, que l’on y buvait des jus de fruits vert fluo et que les filles portaient des sneakers à talons, j’ai un peu paniqué. Oui, c’est vrai.
Votre mission, si vous l’acceptez
Pourtant, si j’avais été dépêché au Brésil, ce n’était surement pas par hasard. J’avais une mission. Et il fallait que je réponde à une question bien précise. Deux points à la ligne. Existe-t-il un style proprement brésilien et si oui, quelles en sont les caractéristiques ? En d’autres termes : que portent les Brésiliens en dehors des périodes de Carnaval ?
Je suis donc parti à la découverte de Belo Horizonte. Belo Horizonte, c’est cette ville entre Brasília et Rio de Janeiro, troisième métropole du Brésil. Berceau de la Minas Trend Preview, l’un des événements modesques les plus importants du pays, Belo Horizonte se targue d’accueillir 15 000 personnes à chaque édition. Je ne veux pas vous influencer mais c’est pas mal du tout.
Okay, I’ll admit it. When I arrived in Brazil and discovered that their plane tickets looked like cash receipts, they drank neon green fruit juice and the girls were wearing high-heeled sneakers, I panicked a bit. It’s true.
Your mission, should you choose to accept it
However, I wasn’t sent to Brazil for fun. I had a mission: I had to answer a very precise question. A two-part question. Is there a distinctly Brazilian style, and if yes, what are its characteristics? To put it differently: what do Brazilians wear when it’s not Carnival?
I set off in the direction of Belo Horizonte. Belo Horizonte is the city between Brasília and Rio de Janeiro, Brazil’s third-biggest metropolis. Home of the Minas Trend Preview, one of the country’s most important fashion events, which boasts a crowd of 15 000 people at each edition. Not a bad turnout, if you don’t mind me saying.

Réponses de créateurs
Gustavo Lins est un original. Plutôt que de céder au sacro-saint défilé, le créateur s’était associé à une troupe de marionnettistes pour le lancement de la griffe OJE XXI. Suspendues à de longs fils, les tenues se trémoussaient en apesanteur, soulignant le thème d’une collection résolument vibrante. Musique entrainante, longs couloirs et glaces à la caipirinha : la mise en scène était parfaite. Pour lui, il n’y a pas réellement de style brésilien mais une énergie héritée de cinq ethnies : l’Europe, le monde arabe, le Japon, l’Afrique noire et les Indiens du Brésil. Combinée aux couleurs, à l’espace et la nature qui régissent le pays, cette énergie devient synergie. La mode brésilienne, haut lieu de métissage ? Cinq fois oui.
Même son de cloche du côté de Ronaldo Fraga qui présentait, cette semaine encore, une rétrospective de ses seize années de travail. De la couleur, des imprimés aussi mais surtout de l’humour. Pour le styliste aux lunettes anthologiques, la mode brésilienne serait le reflet d’une fantaisie nationale : la rencontre ultime entre la comédie et la tragédie, le tout bordé de non-sens. De la théâtralité, les défilés de Ronaldo Fraga en regorgent. Le couturier, qui s’est abstenu de défiler à São Paulo pour mieux se consacrer à des projets sociaux, manie l’extravagance avec brio, comme en témoigne sa collection FW13. Un véritable pied de nez à la morosité.
De la fantaisie, Victor Dzenk en a également à revendre. Largement inspirée des années disco, sa collection Hiver 2013 rendait surtout hommage au combat des libertaires pendant le régime dictatorial brésilien des années 70. Avec Party On et Release Yourself pour ligne de conduite, l’ambiance ne pouvait être qu’éclectique, faisant la part belle aux boules à facette et aux imprimés musicaux. À la question du style brésilien, le directeur artistique a d’ailleurs tenu à souligner les grandes disparités entre le Nord, très coloré, et le Sud, plus contenu, du fait des immigrations allemandes de Porto Alegre et de Curitiba.
Oui, mais encore ?
Définir le style brésilien n’est donc pas chose aisée et chaque créateur y va de sa propre définition. Tous s’accordent cependant sur un réel savoir-faire de la couleur, de l’imprimé et sur cette incroyable gaité nationale qui, elle, ne déteindra jamais au lavage.
Pourtant, même si la mode brésilienne se porte bien, elle fait face à deux problèmes majeurs. Principalement importés de France ou d’Italie, les tissus font l’objet de taxes excessives qui, couplées à la tradition du fait-main, rendent le prêt-à-porter exorbitant. L’Amérique latine constate donc une diaspora de jeunes en direction des États-Unis et de l’Europe pour acheter leurs fringues préférées à moindre coût. En attendant de trouver un accord avec les autorités compétentes, des marques redoublent d’inventivité et cherchent à incarner l’âme brésilienne dans son plus simple appareil, en faisant appel aux ressources locales.
C’est notamment le cas de la marque Auá. Créée en 2003, cette petite griffe s’inscrit dans une démarche solidaire en impliquant les tribus indigènes dans ses créations. Le résultat : des lignes épurées, des imprimés sobres et une attention particulière portée aux tissus, biologiques évidemment. Auá, c’est résolument notre coup de cœur WAD.
C’était Anna Wintour en chemise à carreaux. Obrigado à tous.
The designers speak
Gustavo Lins is an original. Rather than ceding to the sacrosanct runway, the designer launched the label OJE XXI by joining forces with a troupe of puppeteers. Suspended from long wires, the ensembles shook weightlessly, highlighting the theme of this resolutely vibrant collection. Uplifting music, long passages and caipirinha ice cream: the setup was perfect. To Lins, there isn’t really a Brazilian style, but there is an energy inherited from the country’s five ethnicities; Europe, Middle East, Japan, Africa and Native Brazilians. Combined with colours, space and nature that rule the country, this energy becomes synergy. Brazilian fashion, the pinnacle of hybridization? Most definitely.
This rings true with Ronaldo Fraga, who again this week presented a retrospective of his sixteen years of work, with colour and prints marked by his sense of humour. To the stylist with the thick-rimmed glasses, Brazilian fashion is the reflection of the national imagination: the ultimate reunion of comedy and tragedy, wrapped in a layer of nonsense. And Ronaldo Fraga’s runway shows don’t skimp on theatricality. The couturier, who opted out of presenting in São Paulo in favour of dedicating himself to social projects, wields extravagance brilliantly, as witnessed by his FW13 collection – a real snub to gloom and doom.
Victor Dzenk also has enough imagination to share. Largely inspired by the disco era, his Winter 2013 collection pays homage to the libertarian spirit during the Brazilian dictatorship in the 70s. With Party On and Release Yourself as guiding themes, the atmosphere can’t help but be eclectic, playing the part perfectly with disco balls and musical prints. Regarding the question of Brazilian style, the artistic director highlighted the disparity between the colourful North and the more reserved South, where style has been influenced by German immigration to Porto Alegre and Curitiba.
So then?
Brazilian style is difficult to define, and each designer works from his own definition. They agree, though, that their country lends them a deep knowledge of colour and prints, and on the incredible national buoyancy that will never fade in the wash.
Even if Brazilian fashion wears itself well, it is facing two major problems. Fabrics, largely imported from France or Italy, are subject to excessive taxes which, paired with a tradition of handmade clothing, has made the cost of ready-to-wear exorbitant. Latin America has seen waves of young people in search of fashionable pieces at lower prices head in the direction of the United States and Europe. Waiting for an agreement with the authorities in charge, labels are building on their ingenuity to embody the Brazilian soul in all its forms, seeking out local resources.
Few do this as well as Auá. Founded in 2003, this small label has taken an integral approach, involving indigenous tribes in its creations. The result: pure lines, understated prints and careful fabric choices – which are of course organic. Auá is definitely a new WAD favourite.
My name is Anna Wintour wearing a check shirt. Obrigado everyone.
Gustavo Lins




Ronaldo Fraga // Agência Fotosite



Victor Dzenk // Agência Fotosite
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