Files - LOUIS WONG / APC

Texte Marie Dorst - Date 6 Juin 2011

Comment es-tu venu à la mode ?

J'ai toujours su que je voulais quelque chose d'artistique. Je me suis orienté vers la mode mais j'ai détesté l'ambiance des écoles parisiennes alors j'ai opté pour l'histoire de l'art tout en continuant à dessiner. J'ai commencé à me faire des contacts et tout s'est enchainé vers 2002. J'ai rencontré des créateurs, Laëtitia Crahay, Charles Anastase, des amis à présent. J'ai eu la chance de pouvoir montrer un dossier à Marc Jacobs chez Louis Vuitton et suis arrivé au studio homme sans aucune expérience. J'y suis resté 4 ans !

Vuitton / APC, cela a dû être un gros changement !

C'était le job de rêve pour démarrer dans la mode car à l'époque ils étaient moins obsédés par le monogramme et les milliardaires chinois. Keith Warren, le designer homme à ce moment, avait un énorme talent et nous avions une liberté totale, des moyens faramineux. Je suis parti car la monomania venait de commencer. Et puis, revers de médaille : ne jamais voir ses créations dans la rue. De purs produits de défilé ...

Grâce à APC, j'ai appris à comprendre l'envie des gens, ce qu'ils veulent vraiment porter. Le challenge est toujours de faire un produit cool, moderne mais qui plaise au plus grand nombre. C'est quasiment de la sociologie !

Peux-tu nous parler de l'expansion massive d'APC à l'étranger ?

APC connait un essor aux Etats unis comparable à celui que la marque a connu au Japon il y a 20 ans ! D'où l'ouverture quasi-simultanée de 2 boutiques à New York. Là-bas nous sommes considérés comme une grande marque de mode et la presse nous pousse beaucoup. GQ nous adore et la boutique sur Mercer est envahie de hipsters. A Paris il y a quelque chose de normal et de classique dans l'image que les gens se font d'APC ce qui n'est pas le cas là-bas. Et puis être présent dans les grandes capitales est nécessaire. APC s'adresse à un certain type de personnes, qui aiment la mode de manière détachée et assez peu ostentatoire. Ces personnes existent dans le monde entier !

APC a collaboré avec plusieurs marques ces derniers temps, Nike, Supreme, Carhartt, etc. Tu peux nous parler de la politique de co-branding ?

Les collaborations ont débuté surtout parce que les japonais en sont très friands. Il suffit de regarder un magazine de mode là-bas. Il y a des collaborations pour tout : fringues, sacs, baskets, reliant des marques quasi opposées. C'est une façon pour eux de créer de la nouveauté car leur marché est saturé de marques. Avec une telle abondance de produits, il faut se démarquer par tous les moyens. A Paris, c'est seulement le bout de l'iceberg que l'on voit... Notre époque est à la mondialisation, et une marque comme APC est obligée de jouer le jeu pour survivre. Celles qui fabriquent en France ou en Italie sont forcément plus luxe, ou beaucoup plus chères en tout cas. Depuis l'hiver dernier, Jean (ndlr Jean Touitou, fondateur d'APC) a souhaité travailler avec William Lockie, un fabricant de pulls écossais très classiques. Cela correspond exactement à ce besoin de produits authentiques et de qualités. Cela a beaucoup plu et la collection va s'étendre l'hiver prochain.

How did you become involved with fashion?

I always knew that I wanted to do something artistic. I liked fashion but I hated the vibe at the parisian fashion schools. And then, there were the cheesy silhouette courses with no open-mindedness, at a time when I only liked Margiela and Helmut Lang. I stuck with Art History, getting a masters while still drawing on the side. I started making contacts and all got rolling around 2002. I met creators, Laetitia Crahay, Charles Anastase, who are now friends. I had the chance to show my portfolio to Marc Jacobs who was at Louis Vuitton, and then I was part of the men’s studio with no prior experience. I stayed there 4 years!

Vuitton/ APC, it must have been a big change!

It was the dream job to start out in fashion because at the time they were less obsessed by monograms and Chinese billionaires. Keith Wrren, the current men's designer, had great talent and we had complete freedom, with vast ressources. I left because "mono-mania" had just started, and  the clothes were no longer wearable on the street. strictly for runway shows. Thanks to APC, I learned to understand people’s desires, what they really want to wear. The challenge is always to make a cool product, modern while pleasing the biggest group. Its basically sociology!

Precisely, can you tell us about this massive expansion?

APC’s development in the States is comparable to what it experienced in Japan 20 years ago! Hence the almost simultaneous opening of two New York boutiques. There, we are considered an important name in fashion and we are very promoted by the press. GQ loves us and the store on Mercer street is filled with hipsters. In Paris, there’s a normal and classic view on APC, which isn’ t the case over there. And, to be present in the big capitals is key. APC speaks to a certain type of person, who likes fashion but from a distance, not showy. And that person exists all over the world!

APC collaborated with a lot of brands recently.....Can you tell us about the politics behing co-branding?

The collaborations mainly started because the Japanese really love it. Just look at their fashion magazines. There are collaborations for everything: Clothes, bags, sneakers, putting together almost opposite brands. It’s a way for them to create something new because their market is oversaturated. With such over abundance, you have to stand out by any means. In Paris, we only see the tip of the iceberg. These days, it’s about globalizing, a game a brand like APC is forced to play to survive. Those that create in France or in Italy are inevitably more luxurious, more expensive in any case. Since last winter, Jean (Jean Touitou, founder of APC) wanted to work with William Lockie, a designer of classic Scottish sweaters. That corresponds exactly to the need for authentic and quality products. It was well received and the collection is going to extend to next winter.

Quelles sont tes activités hors-APC?

Je m'investis dans le management d'un nouveau groupe qui s'appelle DESTIN. Ce sont à la base des amis qui avaient un groupe punk, et qui maintenant s'inspirent de la variété française, de Christophe à Daho en passant par Chamfort avec des nappes électro-pop. C'est tellement ingénu que cela ne peut que plaire ! Ils ont été pris sur le label de Kitsuné et cela a lancé leur carrière avec un seul morceau, « Adélaïde ». Je suis très heureux de voir à quelle vitesse les choses peuvent aller en musique. Tout est tellement long dans la mode et une fois que c'est fait, on passe tout de suite à autre chose ! Là au moins on voit les progrès et l'attention du public immédiatement. C'est très frais ! Et puis APC est depuis toujours lié à la musique, même si depuis "mode et musique" est devenu un lieu commun.

Tu vis à Paris, quelle est ton histoire avec cette ville ?

 Je vis à Paris depuis plus de 15 ans. Étrangement je suis toujours resté lié au quartier du Luxembourg. C'est là que j'étudiais l'histoire de l'art et c'est très proche d'APC. Je crois que son atmosphère résume bien ce que j'aime à Paris et ce qui m'y inspire. La vie étudiante débonnaire, les cafés. L'importance du temps, de la conversation. Normalement quand on est designer, on bosse le weekend, on finit à 22h tous les soirs. On est enfermé dans un studio. On prépare un défilé. Moi je vis le contraire. Je passe mon temps au Flore très tôt car finalement j'habille tous ces gens là aussi. Paris est incroyable pour ça. Je connais bien Londres et là bas les cafés n'existent pas, il n'y a pas cette effervescence de la jeunesse visible.

Avant Vuitton, je trainais beaucoup avec le styliste Charles Anastase et sa bande. Il y avait une atmosphère punk 70 (vers 2000)' limite berlinoise dans Paris. La mode était crash, ultra arty, les gens se croyaient dans la factory. D'ailleurs il y avait beaucoup de créateurs à l'époque. Maintenant c'est à Londres que cela se passe. Paris est devenue plus sérieuse, plus chic. C'est pour ça que je me suis tourné vers la musique. Ça a été je pense le second souffle de Paris ces dernières années. La nuit parisienne a connu un âge d'or. Je suis beaucoup beaucoup sorti à l'époque mythique du Paris Paris. Mais je trouve qu'actuellement Paris va vers une nouvelle voie, plus créative, moins nocturne. L'énergie est dans le renouveau. C'est terminé cet âge du Baron où chacun a 3 pseudo-métiers. Les jeunes veulent réussir et montent des projets qui m'impressionnent beaucoup. Mes amis de Destin ont déjà un album de prêt, 2 clips terminés et 10 autres chansons à enregistrer sans avoir de label. Voilà ce qui m'inspire en ce moment, cette volonté de faire quelque soit le résultat. Il suffit d'aller le soir au Stolly's ou très tard au Connetable pour sentir ce moment venir. En tout cas c'est la meilleure source d'inspiration !

What are your activities outside of APC?

I manage a new group called DESTIN. They’re a group of friends that were part of a punk band, now inspired by ‘Variété française’ from Christophe to Daho, a bit of Chamfort with a touch of electro pop. It’s so tight that one could only like it! I used all of my connections to help them and it worked rather nicely. They were signed by Kitsuné Parisien, and their career took off with only one tune, ‘Adélaide’. I’m happy to see how quick things can happen in music. In fashion, everything takes so long, and once it' s done, we immediately move on to the next project! With music, you at least see the progress and the immediate public reaction. It’s quite fresh! And plus, APC has always been associated to music, even if since ‘fashion and music’ has become commonplace.

You live in Paris, what is your history with the city?

I’ve been living in Paris for more than 15 years. Strangely I stayed loyal to the Luxembourg neighborhood. I studied Art History there and it’s really close to APC. I think that it’s vibe encompasses what I like about Paris and what inspires me here. The cultured student life, the cafés, the importance of time, of a conversation. Normally, as a designer, you work the weekends, and get off at 10pm every night. You’re locked in your studio. You prepare for the fashion show. I live the opposite. In the morning, I spend time at the Flore because, in the end, I dress those people too. Paris is incredible for that reason. I’m familiar with London, and there the coffee shops don’t exist, there isn’t a lively visibility of the youth. 

Before Vuitton, I hung out with the stylist Charles Anastase and his friends alot. Towards 2000, there was a very 70’s punk, mixed with Berlin, vibe in Paris. Fashion was trashy, super artsy, people thought they were in ‘The Factory’. Besides there were a lot of creatives at the time. It all happens in London now. Paris has become more serious, more chic. It’s for that reason that I turned towards music. I think Paris had its second wind these past years. The nighlife went through a Golden Age. I went out a lot during the legendary Paris Paris days. Now I think that Paris is going in a new direction, more creative, less nightlife. The energy is in the revival. No longer the days at the Baron where everyone has 3 fake jobs. The young want to succeed and start impressive projects, I find. My friends from Destin have an album ready, 2 music videos finished, and 10 songs to record without having a label. That’s what inspires me at the moment, the desire to create, disregarding the consequence. Just go to Stolly’s or Connetable late- night to feel the moment is here. In any case, it’s the best source of inspiration!

All pictures by Frantz Esnault for WADMAG.COM

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