Files - Joe La Pompe, advertising’s blunder hunter

Texte Carine Lucas - Date 15 Mars 2012

Chasseur de Ducobu publicitaire depuis plus de 10 ans, Joe La Pompe traque et compile tous les plagiats du milieu sur son site Internet, devenu avec le temps une bible pour tous les créas. Lui même créatif le jour, il conserve son anonymat depuis le début de l'aventure pour pouvoir continuer à dénoncer les travers de la publicité tout en conservant son job. Connu et reconnu par les professionnels du secteur, il nous explique ses motivations et la base de sa contestation 2.0.

Hunting redundancies and blunders in advertising for more than 10 years, Joe La Pompe tracks and compiles plagiarism in the field on his website, which over time has become a bible for the creative set. A creative by day, he has kept his anonymity since the beginning of the adventure as to be able to denounce the industry’s faults while holding on to his job. Known and recognized by advertising professionals, he explains his motivations and the reasons for his dissent..

Peux-tu expliquer le concept de ton blog à ceux qui le ne connaissent pas?

Je suis un créatif pub français de la génération X (pour vous donner une idée de mon âge), qui déteste le manque d'originalité en général et dans la pub en particulier. Dans la pub, je déteste les campagnes qui se présentent comme novatrices et "créatives", qui cherchent à se faire récompenser dans des prestigieux festivals internationaux et qui ne sont en fait que des recyclages ou des idées déjà vues et revues.

Fort de ce constat, dès 1999, j'ai commencé à collectionner les exemples de plagiats et autres coïncidences douteuses pour les mettre face aux créations originales sur un site web. Ça donne une collection très étonnante et instructive de clashs visuels qui compte aujourd'hui des milliers d'exemples!

 

Comment as-tu fait pour gagner autant de notoriété et de poids avec pour seul outil le web ?

J'ai commencé tôt et je n'ai jamais arrêté depuis. Le succès de mon site est venu petit à petit. Il s'explique par le fait que je suis le seul à faire ça dans le monde (en ce qui concerne la pub) et que je le fais de manière acharnée, continue et passionnée. C'est un site très visuel, au concept universel, qui est visité partout dans le monde. J'ai utilisé les réseaux sociaux dès leur création afin de partager mon contenu et d'engager la discussion avec mes visiteurs.

 

Ton blog existe depuis plus de 10 ans, comment ont évolué tes outils de documentation pour l'alimenter?

Au début je scannais des livres et des magazines! Ça me prenait des heures pour les trouver, je les achetais à l'autre bout du monde lors de voyages. Maintenant, c'est plus facile, j'ai accès à de nombreuses bases de données pub internationales en ligne, et je peux compter sur de nombreux contributeurs venus de tous horizons. La difficulté est inverse : je croule sous le matériel.

Can you explain the concept behind your blog for those who aren’t familiar with it?

I’m a French advertising copywriter and part of generation x (to give you an idea of my age) who hates the lack of originality in general and in advertising in particular. In advertising, I hate campaigns that present that are presented as being innovative and ‘creative’, that aim to be recognised in prestigious international festivals, but that are nothing more than the same old ideas recycled over and over again.

With this in mind, in 1999 I started to collect examples of plagiarism and other questionable coincidences to put them face to face with original creations on a website. It’s created a shocking and enlightening collection of visual clashes that number in the thousands!

 

How did you manage to gain so much notoriety and influence with only the web as a tool?

I started early and I haven’t stopped. My site’s success happened little by little. It’s because I am the only person in the world to do this (at least in advertising) and I do it consistently and passionately. The site is very visual, aiming at a universal concept, and is visited all over the world. I’ve been using social networking since its inception as a means of sharing my content and engaging in a discussion with my visitors.

 

Your blog has existed for 10 years. How have your documentary tools evolved to keep it going?

At the beginning I scanned books and magazines! It took hours to find them, and I bought them at the other end of the world while travelling. It’s easier now that I have online access to international advertising databases and can count on a number of contributors from different backgrounds. It’s become hard in the opposite way: I’m weighed down by material.

Est-ce que l'on peut assimiler ton travail sur ce blog à une forme de contestation?

Bien sûr. Cette démarche à un côté "poil à gratter", empêcheur de tourner en rond. On m'a beaucoup traité de Zorro et d'emmerdeur. Je pointe certaines paresses, facilités du métier et parfois son manque d'imagination et d'humilité, ça fait de la mauvaise pub à la pub, et en même temps c'est aussi un outil utile et reconnu au service des créatifs pour les aider à ne pas se répéter.

 

Pourquoi as-tu choisis l’anonymat?

Au début, j'ai lancé ce site sans penser à ça, et très vite, devant les passions que ça a déchaînées, je me suis dit que je serais plus tranquille et plus libre de toute pression en faisant ça de manière anonyme. On me l'a beaucoup reproché, mais ça m'a permis de garder de la distance. Et dans un monde de créatifs aux egos surdimensionnés, je trouve ça amusant de ne pas chercher à me mettre personnellement en avant. Ça m'a peut-être aussi permis d'éviter de me faire licencier, car j'ai pointé du doigt des travaux de mon agence qui n'étaient pas très originaux!

 

Comment fais-tu pour conserver cet anonymat?

Je ne me prends pas trop la tête. Je donne un minimum d'indices et je me la joue low profile. Si des gens finissent par percer le mystère, tant mieux pour eux. Au final, l'intérêt de mon site est dans ce qu'il dénonce et ce qu'il expose. C'est bien plus intéressant que de savoir "qui est derrière". Après, on va se demander pourquoi je fais ça, qui je suis pour juger, on va vouloir me psychanalyser, me soudoyer, qui sait...

 

As-tu été victime de pressions ou plaintes suite à certaines publications?

Des plaintes ou des poursuites? Jamais! Mais il est arrivé que je reçoive des pressions ou des menaces. Essentiellement des emails d'insultes ou de justification. Surtout au début de l'aventure. C'est très gênant quand ça vient de personnes que je connais, voir d'amis proches ou de collègues et de professionnels que j'estime par ailleurs. Mais au final je ne dénonce personne en particulier, je dénonce des pratiques et j'expose des faits, donc ça s'est pas mal calmé.

 

Penses-tu qu'aujourd'hui le web est le seul endroit "sûr" pour dénoncer à couvert?

C'est important que le web continue de permettre à tout le monde de s'exprimer librement. Je suis très opposé à ces sites ou ces lois visant à interdire de s'exprimer caché derrière un pseudo. 

Hélas, dès qu'on montre son vrai visage on s'expose à être discrédité, mis en porte à faux, subir des pressions excessives, être licencié : ce qui n'est pas anecdotique aujourd'hui. Je le regrette, mais c'est comme ça. Ça ne veut pas dire que je n'assume pas ce que je fais ou que j'en ai honte, loin de là!

 

Quels sont tes projets pour le futur et quelle est ton actualité?

J'ai déjà publié un livre ("Nouveau?", aux éditions Télémaque), j'ai fait des conférences (masqué) et je collabore avec des magazines (notamment CB News en France) dans lequels je tiens des chroniques. Je suis globalement ouvert à toute nouvelle collaboration originale et utile qui dépasse le cadre d'Internet.

Can we consider your work on this blog to be a form of protest?

Definitely. My approach has a ‘thorn in your side’ element, a bit of a spoilsport. I was treated as a Zorro and a muckraker. I point out laziness, when people get too comfortable in their work as well as their lack of imagination or humility. It can be a bad ad for advertising, while also being a useful and recognized tool for agencies to help them avoid repetition.

 

Why have you chosen anonymity?

I launched the site without taking it into consideration, and with the furore that it unleashed very quickly, I decided that it would be calmer and relieve some of the pressure I felt if I were to do it anonymously. I’ve been admonished for it but it’s allowed me to keep a distance. And in a world of creative types with oversized egos, I’ve found it fun to avoid putting myself in the spotlight. It has also potentially allowed me to avoid getting fired, as I’ve pointed a finger at work produced by my own agency that was not very original!

 

How have you maintained your anonymity?

I don’t worry about it too much. I give as few hints as possible and I keep things on a low profile. If people end up uncovering the mystery, good for them. When it comes down to it, my site is focused on what it denounces and exposes. It’s much more interesting than knowing ‘who’s behind it’. If I was known, people would want to know why I do it, who I am to judge, they would want to psychoanalyse me, bribe me, who knows…

 

Have you ever been pressured or sued after a post?

Complaints or lawsuits? Never! But I have been pressured and threatened. Essentially, insulting emails or defences. Especially at the beginning of the adventure. It’s very awkward when it comes from people I know, like close friends or colleagues or professionals who I admire. But at the end I’m not denouncing anyone in particular, I’m denouncing practices and exposing facts, so things have calmed down.

 

Do you think that the web is the only ‘safe’ place to denounce anonymously? 

It’s important that the web keeps allowing everyone to express themselves freely. I’m very opposed to sites or laws designed to prohibit voices hidden behind pseudonyms. 

Of course, once you show your real face you’re exposing yourself to being discredited, opening the door to being called out, dealing with excessive pressure, being sued: it often happens these days.  It’s not great, but that’s how it is. That doesn’t mean that I don’t bear responsibility for what I do or that I’m ashamed of it. Far from it!

 

What do you have planned for the future and what are you doing now?

I already published a book (‘Nouveau?’ with éditions Télémaque), I’ve participated in conferences (masked) and I collaborate with magazines (notably CB News in France) in which I have columns. I’m open to any new, original and useful collaboration that goes beyond the frame of the internet.

 

http://www.joelapompe.net/

Catégorie: Art