Files - JOËL ANDRIANOMEARISOA & VENDÔME LUXURY: BLACK LIGHT FOR CARTE BLANCHE

Texte Timothée Magot - Date 25 Février 2014

Sac Birkin - Hermès / Cuir - Barenia - 1982 Carole de Bona / Cabas - Céline - Agneau - 2012 Joël Andrianomearisoa / Photo JA 2014

Hôtel Meurice, 20h37, un soir de janvier. Dans la suite 221, les invités de Joël Andrianomearisoa se pressent autour d'une sélection d'œuvres savamment agencées par l'artiste pour annoncer la tenue prochaine de la carte blanche que lui consacre le salon Vendôme Luxury. Toute la journée, une foule hétéroclite s'est succédée dans les espaces feutrés de ce lieu, d'ordinaire intime. Le choix du cadre n'est d'ailleurs pas anodin. Fidèle à la sentimentalité qui le caractérise, le plasticien malgache nous convie au partage d'une expérience personnelle, qui s'est muée en aventure professionnelle : sa rencontre avec Carole de Bona, fondatrice de l'événement.
Une rencontre qui, comme le duo aime à le rappeler, s'est nouée dans les allées de la Slick Art Fair autour d'un coup de cœur réciproque pour… leurs sacs ! Cela peut sembler frivole à première vue, mais il n'y a, là non plus, rien d'anodin. Étendard d'un style ou d'un postulat créatif, cet accessoire est symptomatique de la porosité de la frontière entre Art et Mode. C'est sur la base de cette problématique que s'est développé le dialogue complice duquel a germé l'idée d'une carte
blanche, à l'occasion de la 21e édition de Vendôme Luxury.

Du 27 février au 9 mars 2014, le travail de Joël Andrianomearisoa va ainsi entrer en résonance avec cette manifestation bi-annuelle dédiée au prêt-à-porter très haut de gamme, qui se tient depuis onze ans en marge des fashion weeks parisiennes dans des hôtels iconiques du "triangle d'or". De l'aveu même du principal intéressé, il s'agit de donner, au travers de l'art, "un autre sens au luxe", en mettant ses codes en perspective par la voie d'un échange in situ. Misant tant sur les sens que sur les sentiments, l'artiste investira le hall, la galerie et les cuisines de l'hôtel Meurice, de même que le parvis de l'hôtel d'Évreux, avec l'ambition affichée d'en faire un "terrain de jeu" propice au déploiement des questionnements caractéristiques de son œuvre. Ce jeu, s'il prend des formes diverses, repose ici toujours sur une transversalité surprenante qui confine à la transgression. Réinvestissant avec impertinence les thèmes de l'état amoureux, de la sentimentalité, de l'absence, du manque et de la quête de soi dans l'autre, les interventions
plastiques proposées par J.Andrianomearisoa invitent le visiteur à se perdre - plus ou moins métaphoriquement - dans des installations en rupture frontale avec le contexte dans lequel elles s'inscrivent. Ce dernier pourra ainsi s'abandonner aux caresses de papier d'un "Labyrinthe des passions" de cinq mètres sur trois, le renvoyant à ses frustrations secrètes au beau milieu du hall du
Meurice ou observer, en voyeur, les traces d'une histoire figée, tout à la fois familière et inconnaissable, par l'entrebâillement ménagé dans un container parachuté place Vendôme, baptisé "La lumière noire".

Hôtel Meurice, 20:37, an evening in January. In suite 221, Joël Andrianomearisoa’s guests convened around a selection of works knowingly arranged by the artist in order to announce the carte blanche that the salon Vendôme Luxury has recently bestowed upon him. All day long, a motley crew passed through the muted spaces of this ordinarily intimate venue. In step with his characteristic sentimentality, the Malagasy artist invited attendees to share in a personal experience that has transformed into a professional adventure: His meeting with Carole de Bona, founder of the event.
Theirs is a meeting which, as the duo like to recall, was born in the alleyways of Slick Art Fair out of an instant mutual attraction...for each other’s handbags! A meeting such as this may appear frivolous at first, but here, nothing is insignificant. A standard of style and of unquestionable creativity, the accessory in question is symptomatic of the porous border of Art and Fashion. Indeed, the genesis of Andrianomearisoa and de Bona’s idea for a carte blanche during the 21st edition of Vendôme Luxury emerged from this very intersection.

From February 27th to March 9th 2014, Joël Andrianomearisoa’s work will vibrate through this bi-annual event, one dedicated to a particularly high-end ready-to-wear sensibility which has existed on the margins of Paris Fashion Week in the iconic “golden triangle” hotels for the past eleven years. Even the main actor of this event readily admits that one must, through art, provide “another side of luxury” by aligning his artistic codes to the context of this site-specific exchange. Relying as much on sense as on emotion, the artist will imbue the hall, the gallery, and the kitchens of the hôtel Meurice, as well as the steps of the hôtel d'Évreux, with an ambition to make a playground suitable to the kinds of questions characteristic of his work.
The game, in its various forms, resides at a surprising transversality bordered by transgression. Impertinently invested in themes of love, of sentimentality, of absence, and of the quest to find oneself in another, J.Andrianomearisoa’s artistic interventions invite his audience to lose themselves - more or less metaphorically - in installations which are themselves in confrontation with the site in which they exist. Indeed, the context must surrender itself to the paper caresses of a five by three metre Labyrinth of Passions, which will transmit the artist’s secret frustrations into the middle of the lobby of the Meurice; or voyeuristically observe traces of a congealed history, at once familiar and unrecognizable, through a tiny opening made in a container at Place Vendôme, baptised the black light.

"La lumière noire" Joël Andrianomearisoa. Installation mix média / Container - Objets trouvés - film noir lumière néon / Dimensions variables / 2013 / Courtesy Revue Noire Paris / Photo JA

Si ce positionnement de rupture esthétique et sensorielle peut s'apparenter à une forme d'effronterie, la démarche de l'artiste est cependant exempte de cynisme. La lumière noire qui irradie l'ensemble de sa production agit, en effet, comme un révélateur honnête et frontal de ses propres obsessions. Ainsi, la série de ready-mades "Sentimental Products", qui complète l'exposition dans la galerie du palace de la rue de Castiglione s'enquiert de l'état du marché de l'art, comme pour exclure la dimension pécuniaire de la pièce au profit d'une exhibition, directe bien que pudique, de parcelles choisies de son parcours sentimental. L'intervention que l'on pourrait considérer comme la ponctuation de la carte blanche de J.Andrianomearisoa illustre le lien de sincérité mutuel qu'il entend établir avec son public. Fervent défenseur du sentiment en contrepoint de la raison il propose une œuvre comestible intitulée "Fatal sentimental/Sentimental fatal", conçue en partenariat avec Cédric Grolet, chef pâtissier du Meurice, et Vendôme Luxury. La perception et l'analyse des thématiques déclinées au fil de cette exposition syncopée passe alors par un sens primaire, le goût, dont on connait la charge psychologique et mémorielle (salut Marcel). Cela achève de projeter le visiteur dans une sentimental affair collective qui, à l'instar des fameux sacs auxquels ce projet doit, en partie, son existence, est simultanément portée aux nues et éminemmentintime. Il y a, dès lors, fort à parier que l'espoir de Carole de Bona d'organiser, au travers de ce partenariat, "mieux qu'un échange", se concrétise incessamment sous peu, tandis qu'adviendront les rencontres.

Even if this aesthetic and sensorial rupture could be likened to a form of cheekiness, the artist’s approach is still free from cynicism. The black light that radiates throughout his entire production functions, in effect, like an honest confrontation of his obsessions. His series of ready-made Sentimental Products - the finishing touch of his exhibition in the galleries of the palace at rue de Castiglione - enquire as to the state of the art market as if to exclude the monetary dimension of the piece - in a direct yet modest gesture - in favour of the exhibition, and of the plot of his sentimental narrative.
The gesture that could be considered as the punctuation of J.Andrianomearisoa’s carte blanche serves to illustrate the mutual sincerity that he routinely establishes with his public. A fervent defender of emotions as a counterpoint to reason, Andrianomearisoa offers his audience an edible work entitled Fatal sentimental/Sentimental fatal, made in collaboration with Cédric Grolet - chief pastry chef at the Meurice - and Vendôme Luxury. Here, the perception and analysis of the deteriorated themes in this syncopated exhibition are filtered through taste - one of the five primary senses through with we understand psychological and memorial weight (hi Marcel). The work projects visitors into a sentimental affair which, like the famous handbags this project owes itself in part to, extolls - and is eminently - intimate. It’s therefore a safe bet that Carole de Bona’s hope in organizing, along with her partner, something “better an exchange”, will soon concretise, as well as elicit, encounters.

"Try a little tenderness - Sentimental Products"
Joël Andrianomearisoa / Mix média 2013 / Courtesy Revue Noire Paris / Photo Pmsl

Catégorie: Art