Files - JERK OFF FESTIVAL
Après avoir organisé pendant longtemps les soirées gays Eyes Need Sugar, Bruno Péguy décide de créer Jerk Off il y a 3 ans, festival alternatif et pluridisciplinaire qui témoigne de la diversité des cultures homosexuelles. Il est tout de suite rejoint par David Dibilio, journaliste, qui s’est lui-même occupé pendant 8 ans du festival de films gays et lesbiens de Paris. Donc autant vous dire que la culture gay, ils la connaissent.
Three years ago, after ages of organising the gay night Eyes Need Sugar, Bruno Péguy decided to create Jerk Off, a multidisciplinary alternative festival that plays witness to the diversity of homosexual cultures. He was immediately joined by journalist David Dibilio, who had spent 8 years organising Paris’ gay and lesbian film festival. These guys know everything there is to know about gay culture.

Photo : Florian Chavanon. Installation : Guillaume Vellard - collectif RING
Jerk Off. Le nom lui même est un peu gonflé non ? Ne seriez vous pas du genre provocateur ?
En fait on s’est vite rendu compte que la plupart des français n’étaient pas anglophones et qu’ils ne comprenaient pas (Donc pour ceux qui ne savent pas, Jerk Off, c’est "se branler" en Français). Pour les autres, ils le prennent surtout avec beaucoup d’humour. Et puis on voulait quelque chose de rigolo, avec un côté sexuel et qui sort de la branlette intellectuelle. En plus le même mot est utilisé chez les gays et les lesbiennes. Le nom était tout trouvé !
A la base, le festival était un off de la Gay Pride ?
Disons qu’on en avait marre de voir les mêmes drag queens danser sur les tables. On pense qu’il y a une autre culture que celle qui est médiatisée, avec un vrai discours derrière. On a voulu proposer une alternative à une pensée homo dominante de mauvais goût. Ou du moins qui ne nous éclate pas personnellement.
Bien sûr on s’est inspiré de ce qui se passe à Berlin, Londres ou encore New-York. Mais c’est encore très déstructuré dans ces villes. On a voulu donner une vision globale de cette culture en créant un festival qui proposait plusieurs formes d’expressions : cinéma, soirée, expositions…
Le festival comprend du théâtre, des soirées, de l’art contemporain, des performances… C’est très complet.
On pense d’ailleurs que c’est le plus aboutit, le plus complet qui tient sur ses deux jambes. C’est un peu l’aboutissement des éditions précédentes où nous n’avions pas pu programmer des choses qui nous tenaient vraiment à cœur par manque de temps, de financements ou de disponibilité des artistes.
La ville de paris vous aide-t-elle beaucoup ?
Dès la première édition, elle a été un réel soutient et elle a très vite compris notre démarche. Au delà des financement qu’elle nous a apportés, elle nous a aussi beaucoup aidé pour le choix des lieux qui peuvent être cogérés tels que les Trois Baudets ou le Centre Barbara depuis le début de Jerk Off.
Jerk Off. The name itself is a little exaggerated, no? Are you trying to be provocative?
Actually, we realised really quickly that most French weren’t Anglophones and didn’t understand what it meant. Everyone else seems to have a sense of humour about it. And we wanted something funny, with a sexual aspect, that moved away from intellectual wanking. And gays and lesbians use the term. The name was easy!
Was the festival meant to be an alternative to Gay Pride?
Let’s just say that we didn’t want to see the same drag queens dancing on the tables. We think that there is another culture that is not publicly recognised, with a real supporting discourse. We wanted to offer an alternative to the dominant homo ideology of bad taste. Or at least to its aspects we don’t have anything to do with.
We were definitely inspired by what’s happening in Berlin, in London, or even New York. But it’s still unstructured in those cities. We wanted to create a universal vision of this culture by creating a festival that offered several forms of expression: cinema, parties, exhibitions...
The festival includes theatre, parties, contemporary art, performances... It’s very thorough.
We definitely think that this one is the furthest reaching, the most comprehensive. It supports itself. This one seems to be the culmination of previous editions, where we couldn’t program things we really loved due to a lack of time and money, or the artists’ availabilities.
Did the city of Paris help you much?
Right from the first edition, the city was really supportive, and they were quick to understand our approach. Since the beginning of Jerk Off, they’ve pitched in with financing and helped a lot with locations that could be co-managed, like les Trois Baudets or the Centre Barbara.

Photo : The Burger Girl / Crédit : P. Savoir

Photo : Afshin Ghaffarian / crédits : Guillaume Esteve
Votre politique a toujours été de ne pas vous cantonner au quartier du Marais. Comment avez-vous choisi les lieux du Festival cette année ?
Pour commencer tu enlèves 80% des lieux qui ne sont pas ouverts aux cultures alternatives. Puis sur ces 20% restants, il faut ensuite regarder l’aspect technique : sound system, fonctionnalité pour les artistes… Ca limite. Et pour en revenir au Marais, on trouve ça trop « touristes américains » qui n’est pas du tout notre cible. On a surtout pour vocation d’être un festival pour les parisiens qui veulent découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles choses. Autant le contenu est important, autant le contenant l’est à hauteur égal.
Et puis, c’est quand même plus drôle d’organiser une soirée homo à la Goutte d’or qu’en plein centre du Marais. Ca permet de militer de façon différente.
On voit beaucoup d’hétérosexuels qui assistent au festival. Comment l’expliquez-vous ?
Beaucoup ?
L’idée est de mélanger les publics. Pour nous, c’est vraiment ultra ringard la séparation. On veut avancer vers la modernité qui, pour nous, passe par le brassage des publics. Les ambiances deviennent alors beaucoup plus intéressantes, rigolotes avec une dynamique incroyable. Bien sûr, on ne critique pas la communauté, mais on essaye d’y apporter un complément.
Cette année le festival présente le film d’animation « Baiser de la lune », présentant l’homosexualité de façon poétique et qui devait initialement être diffusé aux plus jeunes dans les écoles. Projet qui a finalement été abandonné. Depuis la création de Jerk Off, avez-vous l’impression de voir une évolution des mentalités vis-à-vis des cultures homosexuelles ?
Un peu quand on lit la presse mais ca reste très lent contrairement à d’autres pays. Il faut avoir une visibilité pour faire évoluer les choses, et c’est justement ce qu’on essaye de faire avec Jerk Off. On ne fait pas de la politique, mais on essaye de donner un coup de pouce au système. On est vraiment à la traine par rapport au reste de l’Europe. Et encore, on a la chance être à Paris…
En ce qui concerne les artistes présents, vous accueillez essentiellement une scène queer européenne en marge du mainstream. Avec cette démarche, n’est-ce pas difficile de faire venir votre public ?
C’est sur qu’on n’a pas encore réservé Bercy… Mais on s’adresse à un public curieux de découvrir de nouvelle chose et si par ricochet, leurs amis les suivent, c’est tant mieux ! C’est vrai que les gens viennent très peu pour le nom, mais plus en se disant : « Allez j’y vais, je sais que Jerk Off va me faire découvrir de nouvelles choses drôles, loufoques, sexys… ».
Et ça on pense que commence à prendre.
Une dernière chose que j’aurai oubliée de vous demander ?
Quand on parle de Jerk Off, on évoque beaucoup le militantisme, l’égalité des sexualités, et on se dit que c’est chiant avec des gens pas sexy, qui ont les cheveux gras. Mais en fait non, c’est surtout un festival où tout les sens sont sollicités. On y trouve une sonorité sexuelle, des choses rigolotes et légères mais qui produisent une réflexion. C’est ça Jerk Off.
You’ve always avoided quartering yourselves off in the Marais. How did you choose this year’s festival sites?
You begin by removing the 80% of sites that aren’t open to alternative cultures. You then have to look at the technical aspects of the remaining 20%: sound system, practicality for the artists... It’s limiting. And as for the Marais, we find that it’s a little too “American tourist”-y. They’re definitely not our target. More than anything we want to be a festival for Parisians who want to discover new spots, new things. The content is as important as the container. And it’s more fun to organise a gay night in la Goutte d’or than it is in the dead centre of the Marais. It lets you organise things a little differently.
There are a lot of heterosexuals in the festival’s audience. How do you explain that?
A lot?
The idea is to mix crowds. To us, the idea of separation is way out of date. We want to move towards modernity, which for us includes stirring the public together. The scene becomes more interesting, more fun, with an incredible dynamic. We’re not critiquing the community, of course, but we are trying to offer a complement.
This year the festival is presenting the animated film “Baiser de la lune”, which presents a poetic view of homosexuality and which was originally intended to be viewed in schools. The project was abandoned. Since the creation of Jerk Off, have you seen a change in mentalities with regard to homosexual cultures?
A little, in the press, but it’s a slow change compared to other countries. You have to be visible in order to change things, and that’s exactly what we’re trying to do with Jerk Off. We’re not political, but we’re trying to give the system a boost. We’re lagging behind the rest of Europe. And really, we’re lucky to be in Paris...
When it comes to the artists, you’re essentially opening up to the European queer scene at the edge of the mainstream. With this strategy, isn’t it hard to appeal to your audience?
Well, we aren’t exactly filling stadiums... But we’re aiming for an audience that is curious to discover new things, and if we manage to pick up their friends along the way, even better! It’s true that people don’t really come because of the name. They come more because they think “Ok, I’ll go, since I know that Jerk Off will introduce me to something new and funny, or crazy, or sexy...” And we think it’s starting to catch on.
Is there anything I forgot to ask you?
When you hear about Jerk Off, you hear a lot about activism, equality for all sexual orientations, and that it’s crap, the people greasy-haired, not sexy. But this isn’t true. The festival tries to appeal to all sensibilities. There’s a sexual tone, things that are funny and light but thought-provoking. And that’s Jerk Off.

Affiche : The ballad of Genesis and Lady Jane.

Photo : Kamikaze Queens / DR

Photo : Sydney Valette / Crédits : Romain le Cam
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