Files - BOB BASSET / THE LEATHER FACE

Texte Carine Lucas - Date 12 Juin 2011

Je sais que tu es basé en Ukraine avec ton équipe de travail. Qui compose cette équipe, comment s'est-elle montée et quel est le "background" des gens qui la compose?

Tous les membres de mon équipe m'ont rejoint pour apprendre quelque chose de moi. Certains sont restés un moment. Certains sont des parents, d'autres ont des compétences dont j'ai besoin. Par exemple j'avais besoin de quelqu'un qui maîtrisait le travail de la pierre, et voilà comment est arrivé Ludoed. Il fut un temps il testait des tanks. Ca dépend aussi de mes idées. Quand j'ai beaucoup d'idées, j'ai besoin de beaucoup de personnes. Moins d'idées, moins de personnes, c'est aussi simple que ça.

Certains ateliers se sont montés grâce à moi. Quand j'ai des idées à réaliser je peux les utiliser. J'ai toujours eu pour habitude d'investir dans des entreprises qui n'avaient pas forcément un grand intérêt commercial, mais si j'ai besoin de quelque chose je peux faire appel à eux n'importe quand, ils annulent même certaines commandes pour honorer la mienne en priorité. Ils ont tous apprit de moi des techniques bien spécifiques qu'ils ne peuvent apprendre que de moi.

Tu travailles le cuir depuis plus de 20 ans, comment as tu commencé? D'où te viens cette fascination? 

Quand j'étais enfant, mon livre préféré était "Two Little Savage" de Ernest Thompson Seton. Après la lecture de ce livre on a fabriqué des costumes d'indiens, et même tué le mouton d'un voisin pour utiliser sa peau, mais nous n'avons jamais réussi à la porter, elle puait tellement. J'avais 12 ans.

À 14 ans, j'avais fabriqué mes premières boots. C'était mes débuts dans l'apprentissage du travail du cuir. Ensuite en grandissant, je ne trouvais plus de chaussures à ma taille car je fais du 47, donc je me suis fabriqué mes propres paires. Mais ce n'était pas une réelle activité. Je faisais plutôt des accessoires, des sacs de femmes... À la fin des années 80 j'ai commencé à en vendre. Mais j'ai vraiment commencé à travailler le cuir quand je faisais du design d'intérieur et que je cherchais du papier peint (en cuir), que j'ai fini encore par faire moi même. Ensuite j'en ai eu marre de mes clients et j'ai décidé de travailler pour moi.

Sans vraiment le savoir j'ai commencé un énorme business avec un capital de départ de 50$: je produisais tous les accessoires en cuir des sex-shop d'Ukraine. Quand certains médias de masse ont commencé à associer mon nom à ce secteur, je me suis dit que ce n'était pas l'image que je voulais donner de moi. Donc j'ai commencé à vendre sur Ebay. C'est tout.

Pourquoi “Bob Basset”? 

Parfois quand je ne savais pas quoi répondre à une question, ou quand je devais réfléchir, je disais que je devais demander à mon associé, Mr Bob Basset. Il a vraiment existé – c’était mon chien, mon basset Bob. Comme personne ne l’a jamais vu, il passait pour quelqu’un de très sérieux. 

Steampunk, fetichiste... j’ai lu et entendu tellement de définitions de ton style, toi comment le définirais tu? 

Techno-romantique. De vrais objets dans des mondes irréels, je créé des choses qui peuvent exister, remplies de détails.  

Tes masques semblent sortis tout droit d’un film de Science-Fiction. Quand as-tu commencé à les créer et pour quelles raisons? 

J’avais trois ans et j’ai décidé que j’aurai l’air plutôt cool avec un pot de cerises sur la tête. Je l’ai retourné et j’ai été plutôt fier du résultat – j’avais l’impression de ressembler à un magicien. En fait je pourrais produire n’importe quoi. Mais les masques, ça se vend très facilement, et j’étais tout seul sur ce marché. 

Tu as travaillé pour le monde de la mode et de l’entertainment (comme des Djs) comment décrirais tu ton client “type”? 

Il y a des collectionneurs, des gens qui se déguisent et courent dans la forêt pour faire des photos avec. Certains groupes ou Djs s’en servent pour leur travail. Il y a vraiment de tout. Certains designers se servent de mes masques comme d’objets de décoration. Les chevaux-chiens, eux, sont pour des clients spéciaux. Mon client type? Va savoir. Les gens. 

I know that you are based in ukraine and that you have a little team who works with you. Who is this team? How did you built up this team ? What’s their background in the leather market? 

All members of my team have come to learn something from me. Some of them have stayed here for a while. Some of them are my relatives, some – people who know something that I need. Well, I needed a person who knows stone working – here comes Ludoed. Long time ago he was a tank tester. It depends on the range of the ideas. When I have a lot of ideas, I need a lot of people. Less ideas – less people, that’s it.

There some workshops which started up thanks to me. When I have some good ideas to realize, I can use them. I used to invest into some another’s businesses not at a high interest, but if I just need something I can appeal to them anytime, and they would cancel every pressing order to make my piece of work. They all learned from me, as the needed skills are rather specific, so is the knowledge, they can’t get it somewhere but me.

You’ve worked the leather since 20 years, how did you start doing that ? How came this fascination? 

My favourite book when I was a child was Two Little Savages by Ernest Thompson Seton. We sewed Indian clothes after reading this book, and we even killed a neighbor’s goat to use its skin, but we failed to dress it, it was really stinky. I was about 12 then. When I was 14, I made my first boots. Here come my first skills of leather working. Then I’ve grown up, I have a large shoe size, it’s very difficult to find some comfortable shoes of size 13. So I made some shoes for me.

But it wasn’t something core. I was making some accessories, bags for girls etc. At the end of 80s I started selling. I did started up with leather when I was doing home designing and needed leather wallpaper, which I created after all. Then I was sick and tired of my clients and I’ve decided to work myself. On a bet I did a large business with an initial capital of 50 USD: I was producing leather stuff for all the Ukrainian sex-shops. When some mass media started to mention my name in this context, I decided that it’s not the best way to achieve immortality. Then I started selling on Ebay. That’s it.

Why did you choose Bob Basset as a name? 

Sometimes when I didn’t know what to answer or just had to take some time, I said that I should consult my partner, Mr Bob Basset. He did exist – it was my dog, my bassethound Bob. As nobody never saw him, he was believed to be a very serious person.

Steampunk, fetichist... I've read and heard so many definition of your style... How would you define it yourself? 

Technoromantic.The real items of unreal worlds. I make things which can exist. They are full of details.

Those Masks seems to come directly from a science fiction movie. When you start doing those masks, who was it for? 

I was three years old and I decided that I would look pretty cool with a pot of cherry kissel on my head. So I’ve turned it over and was really satisfied – it seemed to me that I look like a wizard. Actually I could start producing anything. But masks are really easy to sell, and the niche was free.

You’ve worked for the fashion world and entertainement people (like djs), how would you define your "basic" customer?

There are some collectors, there are some people who dress themselves in different suits and run around the forrest, making photos. Some groups, some djs, some photographers take them for their work.  Absolutely different customers. Some designers just take my masks and use them as a decoration in a room. Horses-dogs are for special customers. Who is my basic customer? God knows. People. 

Après ta collaboration avec Givenchy, as-tu la même clientèle? 

Ca a ramené plus de clients c’est certain. Mais je ne prends aucune commande à la légère. Je suis très critique. 

Quel était le processus de création? Tu as travaillé étroitement avec Riccardo Tisci, ou juste reçu des recommandations, ou...? 

Leur designer avait fait un croquis mais ça n’avait rien à voir avec une tête humaine. Ils ont essayé de le modifier pendant un bon moment et après de longues discussions ils ont confirmé le diamètre des yeux et le style de dessin sur le visage. Là, j’ai compris que comme le masque allait avoir beaucoup de détails, on finirait notre discussion juste après la deadline finale. Donc j’ai décidé de me débrouiller tout seul. 

Ca t’a pris combien temps pour faire ces masques pour Givenchy? 

7 masques en 4 jours? 

Rick Owens, Natalia Brilli, Julius...Tu connais ces designers? Ils présentent un univers poétique assez sombre dans leurs collections, c’est un univers que tu aimes, qui t’inspire? 

En fait je suis très éloigné du monde de la mode, je cherche mes propres références. 

Tu as maintenant un image très haute couture, ça influence ton travaille? Tu ressens la pression? 

Pas de pression. C’est mon boulot. 

Quelle est la plus compliquée ou la plus bizarre de tes créations et pour qui était-ce?  

Un appareil pour rentrer en contact avec les aliens. Un système de cachette pour designer – pas loin d’une douzaine dans une maison. Une tortue à cul rose – tu dois mettre ton doigt dedans pour récupérer un couteau. 

J’ai entendu dire que tu étais fasciné par les dragons, c’est vrai?  Pourquoi et comment ça se traduit dans tes œuvres? 

Je les imaginais quand j’étais petit. Je pensais que ca serait sympa d’avoir un petit dragon à trimballer partout et puis il aurait grandi et il m’aurait porté à son tour. 

En fait si tu crées un chien ou un rhinocéros, quelqu’un pourra toujours venir te dire que ça ne ressemble pas aux vrais. Pour les dragons, impossible.

Tu as des projets en cours dont on devrait parler? 

Oui. J’en ai. 

After your collaboration for Givenchy, are the same customers who buy those masks?

Some more clients have come, definitely. But I do not undertake to do any order. I’m really captious.

How was the creative process? Did you work closed to Riccardo Tisci or have you just received directions, or...?

Their designer  sketched smth, but it had nothing to do with a human head. They tried to change it for a really long time, after a long discussion they confirmed the eyes’ diameter and the grid style on the face.  I understood then that as the mask has a lot of details, we would finish our discussion just a weel after the last deadline. So I just did everything myself.

How long did you spent doing those Givenchy masks?

7 masks during 4 days.

Rick Owens, Natalia Brilli, Julius... Do you now those  designers ? They present some dark poetry in their collection, is it a universe that you enjoy and which inspire you?

I’m actually very distant from fashion, I look for my own images.

You have now a high fashion image, does it influence your work? Do you feel like a pressure?

No pressure. That’s my work.

What was the most complicated or strange artwork that you have done and who was it for?   

Device for getting into connection with aliens. A system of designers’ hiding placec – around a dozen in a house. A turtle with a pink ass – you need to put your finger inside it to get a knife.

I heard that you have a fascination for dragons, is it real? Why and does it affect your artwork?

I imagined them in my childhood. I thought that it would have been so nice to have a small  dragon, to carry it everywhere and then he would have grown up and carry me.

Actually if you make a dog or a rhino, someone can always object – that it doesn’t look like a real one. And as for dragons – it’s impossible.

Do you have any project coming soon we should speak of?

Yes. I do. 

All illustrations by Sailor Roman for CosmoSapiens

Catégorie: Designer - Tags: BOB BASSET, LEATHER, MASK