Files - Apparatus 22, fight for fashion

Texte Carine Lucas - Date 15 Mars 2012


Apparatus 22 est un collectif d'artistes roumains pluridisciplinaires et parfois barré. Initié par un groupe de quatre personnes à l'hiver dernier, cette association de créatifs examine le rôle politique et social de la mode, en développant des performances qui permettent une critique d'un univers textile qui fait rêver mais qui est pourtant loin d'être parfait.

Il y a quelques mois, afin de dénoncer la notion de différence de classes sociales à travers la mode, Apparatus 22 a collaboré avec un artiste italien pour réaliser un vêtement universel, façon bleu de travail, qui serait le symbole d'un monde nouveau, où l'inégalité des sexes ou des moyens n'existerait pas. Une vision peut-être extrême dans son utopisme, mais qui vise surtout à faire réfléchir.

Un autre coup d'éclat récent du collectif eut lieu lorsqu'il s'est attaqué à l'une des expressions les plus fortes de l'univers mode : le défilé. Afin de représenter les difficultés grandissantes des créateurs pour monter une collection, il a réalisé un défilé invisible, impliquant bien un podium, un public et de la musique, mais aucun mannequin ni vêtement. La collection n'était visible que sur des croquis dessinés. Ainsi, les Roumains prouvaient à quel point la création pouvait être forte sans les contraintes et les coûts de production.

Bon nombre d'exemples pourraient vous être contés, tous ont le même but : lancer le débat au travers de performances artistiques qui visent à faire évoluer l'industrie de la mode. 

De par son caractère clairement contestataire, c'est tout naturellement que nous avons soumis l'interview "Riot" à Dragos Olea, l'un des co-fondateurs d'Apparatus 22.

 

 

Apparatus 22 is a collective of multidisciplinary and sometimes maniacal Romanian artists. Founded by a group of four people last winter, this creative association examines fashion’s political and social role, creating performances that offer a critique of a textile universe that has stars in its eyes but is far from being perfect.

Denouncing the notion of class distinction through fashion, a few months ago Apparatus 22 collaborated with an Italian artist to create a universal outfit, reminiscent of work blues, symbolising new world without the inequalities of gender or wealth. A potentially extreme utopian vision, but one that gives pause regardless.

Another of the collective’s recent exploits took place when it aimed its ire at one of the strongest expressions of the fashion world: the runway. As a representation of the increasing difficulties faced by designers creating collections, the collective staged an invisible runway show, with a runway, an audience and music, but no models or clothing. The collection was displayed through drawn sketches. Through this, the Romanians were able to prove to what point design could be strong without constraints and production costs.

There are many more examples, but their goal remains the same: to start a debate through their artistic performances, aiming to change the fashion industry.

Seeing as dissent seems to be in his character, it made perfect sense to conduct the Riot interview with Dragos Olea, one of Apparatus 22’s co-founders. 

Qu'est-ce qu'Appartus 22? Un collectif d'art multidisciplinaire basé à Bucarest, en Roumanie.

Que pensez-vous de la mode aujourd'hui? En tant qu'industrie, elle est trop cynique.

Quel est le but de votre démarche artistique? Développer nos travaux et disséminer des idées assez puissantes pour raviver le potentiel critique sur les vêtements et la mode.

Votre création est "émeute" car nous pensons à la mode en tant qu'objet d'analyse et baromètre anthropologique. Nous tentons de la disséquer en des millions d'infimes pièces. Cet été, ne loupez pas "Positive Tension (in the air)", au Museumsquartier de Vienne, une série de 22 performances littéralement explosives qui vont confronter notre fascination sans limite pour la mode à un twist provocant et irrévérencieux.

Votre création est dédiée à tous les autres gens qui aiment la mode comme nous l'aimons, mais qui pensent que les standards de l'industrie gravés dans la pierre doivent évoluer.

La violence vous inspire car c'est une énergie brute qui éclate la suffisance, l'ennui ou la résignation. Et le rouge sang est une couleur qui permet de bien s'amuser.

Emeutier favori? En matière des clips : M.I.A.. Dans la réalité, on ne peut pas en citer qu'un. Comme le disait Bakhtin : "La vérité a besoin d'une multitude de porte-parole".

Vous "tueriez" pour? Une projection tragique sur laquelle nous traînons.

Dernier instant policier? Sur l'Île de Daebu, Mer Jaune, en Corée du Sud. Nous étions trop proches d'une zone où l'armée Nord-Coréenne manœuvrait et une patrouille Sud-Coréenne lourdement armée nous a poliment renvoyés à la maison.

Ce qui vous agresse? Récemment, une autosuffisance pompeuse nappée d'arrogance.

Pas d'innovation sans bordel? Pas de bordel sans innovation, haha! On s'est posé la question... Il y a sûrement quelque part de la création qui fonctionne comme une montre suisse. Pas d'imprévus, pas de tensions, pas de projets qui dont déborder la poubelle, pas de coups pour rien, pas de sang, pas d'attentes sans fin, pas de procrastination, pas de crainte, pas d'erreur.

Ce qui doit changer? Tant de choses. Poser "1000 questions sur la mode" comme un cabinet critique questionnant l'impact durable de cette industrie sur différents niveaux : la créativité, la propriété intellectuelle et le droit d'auteur, le parti pris dans l'espace public, l'économie, le labeur, les politiques, l'écologie, et autres font partie des points que nous tentons d'aborder.

Votre chanson baston? "Corporate Cannibal", de Grace Jones. "Let England Shake", l'album de PJ Harvey.

Après le chaos? Nous ne pouvions pas vous proposer qu'un seul scénario, donc : ...Un Big-Bang fait d'utopies et de dystopies. ...Vient le silence d'une eau limpide, de la poussière qui retombe. ...Le calme de la propreté et du dur labeur.

What is Apparatus 22? Multidisciplinary art collective based in Bucharest, Romania.

What do you think of fashion today? As an industry, it is too cynical.

What's the point of your work? Developing works and disseminating ideas potent enough to ignite the critical potential of clothing and fashion.

Your creation is a "riot" because we think of fashion as object of analysis and anthropological barometer; attempting to dissect it in millions of tiny pieces. This summer check "Positive Tension (in the air)", an Apparatus 22 series of literally explosive performances balancing our enthralling fascination for fashion with a thought-provoking, activist and irreverent twist (at Museums Quartier, in Vienna).

Your creation is dedicated to other people who love fashion like we do, but still think many of the set-in-stone industry standards should change.

Violence inspires you because it is raw energy that storms up complacency or boredom or resignation. And crimson red is such a rich colour to play with.

Favorite rioter? In music videos: M.I.A.. In reality, one is never enough. As Bakhtin said: "Truth needs a multitude of carrying voices".

You would "kill" for? A tragic projection we are reluctant to make.

Last police moment? On the Daebu island in the Yellow Sea, South Korea. We got too close to the area where North Korean army was doing operations and we've been politely sent home by a heavily armed South Korean patrol unit.

What assaults you? Recently, pompous self-sufficiency toppled by arrogance.

No innovation without a mess? No mess without innovation, haha! We were wondering... There might be creativity out there that works like a Swiss watch. No spills, no nerves, no drafts inundating the bin, no hit and miss, no blood, no staring endlessly, no procrastination, no fear, no mistakes.

What must change? So much. Asking "1000 question on fashion" as a critical practice looking at the lasting impact of this industry on many levels: creativity, authorship and copyright, engagement in public space, economy, labour, politics, ecology, etc. is part of our plan to touch on this topic.

Your brawl song? "Corporate Cannibal", by Grace Jones. "Let England Shake", PJ Harvey's chronicles-of-conflict album.

After chaos? We couldn't settle on a single scenario, so: ...A Big-Bang of utopias/dystopias. ...Comes the silence of waters getting limpid, of dust coming down. ...The calmness of cleanliness and hard work.

 

Catégorie: Fashion