Files - Andrea Maestri pushes the limit of art

Texte Carine Lucas - Date 11 Juin 2012

Andrea Maestri vit dans un monde peuplé de bizarreries, qu'il matérialise sur des objets fonctionnels hypers ludiques mais parfois choquants.

Qui êtes-vous Andrea ?

Je pourrais être n'importe qui. Je suis un mix de personnes qui me fascinent  : je pourrais être un clown qui fait la boucle de la mort avec son petit vélo, un exhibitionniste dans un parc près de chez lui, une rockstar qui saute et se tortille devant 100 000 personnes, un publicitaire alcoolique à la recherche du slogan le plus sensationnel, un danseur qui danse dans les discothèques les plus sordides de banlieue, un saint qui se baigne dans le fleuve sacré ou encore une mamie qui prépare une tarte aux pommes pour ses petits-enfants le dimanche matin…

Honnêtement, je ne sais pas, je suis un peu confus. (ndlr : nous aussi !)

 

Quel est votre parcours ?

Je suis né dans une famille italienne de classe moyenne qui m’a élevé dans la pure tradition catholique.

Mon idéal de vie, lui, s’est formé autour de l’idée que la vie est un ensemble d’expériences, qui bonnes ou mauvaises forgent nos pensées et notre sensibilité. Nous devons agir, nous tester, être infiniment curieux de tout sans avoir peur d'affronter et de se battre. « Maestriland » est le résultat de ces expériences, de cette soif de vie et de la nécessité de vivre chaque jour en transpirant, en saignant.

 

Comment vous définissez-vous : comme un artiste ou comme un designer ?

Je suis un designer qui pense librement comme un artiste et qui réalise manuellement ses objets comme un artisan.

Ces trois aspects (design, art et artisanat) sont indissociables dans mon travail. Je n'aime pas les distinctions entre les disciplines artistiques, généralement, mes meilleures idées sont issues de mélanges : une image forte d'un film avec les paroles d'une chanson, ou une publicité trouvée dans un magazine avec une robe dessinée par Yves Saint Laurent.

Je suis par contre assez différent des designers contemporains, des descendants du Bauhaus qui sont à la recherche de géométrie, d’abstrait alors que moi je suis fan de la culture popu, du kitsch qui sont trop souvent considérés comme des domaines culturels grossiers.

 

Tu es un artiste très provocateur, Que recherches-tu à travers cette provocation ?

La provocation est juste un moyen simple et universel de communiquer sur la violence et la folie de notre société. J'ai besoin d'éxaminer et de célébrer l'irrationalité de la nature humaine ainsi que ses perversions: si je dois créer une chaise, ça ne m'intéresse pas de trouver la plus belle forme, je préfère faire un objet avec une symbolique forte, qui peut aller jusqu’à entraver son utilisation et sa présence dans le domaine familial. Par exemple, j’aime beaucoup la dualité du petit échafaud Dear mama: la vie et la mort, le côté joyeux et coloré de l’adolescences avec la corde menaçante. Et puis c'est surtout très pratique parce que l'on peut mettre tous les jouets dans le grand tiroir du bas, et si le bébé est trop bruyant on peut aussi utiliser la partie supérieure.

Andrea Maestri lives in a world populated by strangeness, that he materializes on functionnal objects, on one hand very ludic, but on the other hand sometimes shocking.

Who are you, Andrea ?

I could be anyone, I’m a mix of people who fascinate me: I could be a clown who is making the rounds of the death with his little bike, an exhibitionist in the park close to home, a rockstar who jumps and squirms in front of 100.000 people, an alcoholic advertising writer who is searching for the most sensational claim, a lap dancer who performs in the most squalid nightclubs in the suburbs, a holy man who bathes in the sacred river or maybe just a granny who is preparing an apple pie for her grandchildren on Sunday morning...Honestly I don’t know, I’m a little bit confused...

 

How did you get to where you are today ?

I belong to a typical catholic family and I received a traditional education; I’ve always been interested in an idea of life as ensemble of experiences, that is different situations to live directly and personally that can be exciting or damn tragic but able to form your thoughts and your personal sensitiveness. We need to act, to test ourselves, to be infinitely curious of everything without being afraid to clash and fight. Maestriland is the result of these experiences, of this lust for life, of the necessity to live everyday sweating and bleeding.

 

How do you define yourself, as an artist or a designer ?

I’m a designer who thinks freely as an artist and realizes manually his objects as a craftsman; these three aspects (design, art, craftsmanship) are inseparable in my work. I don’t like distinctions between artistic disciplines, usually I look around and the best ideas are coming when I try to mix up an image taken by a movie with a song lyric or the advertisment found on a magazine with a dress designed by Yves Saint Laurent. At the same time I’m deeply far from contemporary designers, children of the Bauhaus, who are totally concentrated just on pure geometry and abstraction, I want to recover the way of figuration, of kitsch and popular culture which are considered too massified and trivial.

 

You’re a provocative artist. What are you trying to achieve through provocation ?

Provocation is just a means to communicate in a very simple and universal way the violence and madness of our contemporary society. I need to investigate and celebrate the irrational part of human nature and its perversions: if I have to design a chair, I’m not interested in finding the most beautiful shape but I prefer to make an object full of symbolic, pushing to the limit the use of this object and its presence on the domestic scene. In this sense I really like the small scaffold Dear mama because it’s a short circuit between the ideas of life and death put together in the same object, the colorful and playful aesthetics of adolescence is matched with a threatening and rough rope; above all it’s very practical because you can put all your baby’s toys in the big drawer of the base and, if the baby is too noisy, you can also use the upper part!

Où trouvez-vous ces idées complètement loufoques ?

Elles sont toutes dans ma tête, vivant ensemble en paix et en harmonie. Mon cerveau est une terre fantastique, plus précisément un Maestriland, peuplé de personnages étranges, d’hallucinations bizarres qui, parfois, donnent naissance à des meubles et des objets ou restent à jamais dans ce paradis psychédélique, riant et jouant dans les buissons.

 

Tu traites de sujets sensibles comme la religion et le racisme. Cela t’a-t-il déjà causé des problèmes ?

Jamais, mais je m’attends à recevoir un jour, une personne énervée à ma porte.

 

Où se trouve la limite de l’« acceptable » dans l'art ?

Tous les jours, nous sommes bombardés d'infos et d'images agressives et tout le monde les accepte très naturellement. Vous n'avez donc pas besoin de limites dans le processus créatif, vous pouvez développer n’importe quel argument avec une grande ironie et sans crainte de heurter la sensibilité du spectateur. Je m’intéresse à l’humanité et à ses problèmes, de l’érotisme à la religion, de la politique aux langages urbains, il est intéressant de s’interroger sur ces thématiques en les intègrant dans un nouveau contexte. Par exemple, la table basse I Love Jesus a cette simple mais choquante idée de retourner certaines statues religieuses. Je ne considère pas ça comme un outrage mais juste comme une invitation à se révolter, en brisant les conventions.

 

Qu'est ce qui est prévu pour vous prochainement ?

Je veux me marier avec Lady Gaga … Vous pouvez m'aider ?

 

Where do you find your crazy ideas ?

They are all in my head, living together in peace and harmony. My brain is a fantastic land, a Maestriland precisely, populated by these weird characters, bizarre hallucinations that sometimes are born as furniture and objects and sometimes stay in this psychedelic heaven, laughing and playing in the bushes.

 

You touch on sensitive subjects like religion and racism. Has this ever caused you problems ?

Never, but I expect that at any moment someone pissed off could knock on my door!

 

When it comes to the subjects you work with in your art, what is your limit ?

Everyday we are bombed by a continuous flow of aggressive information and images, everyone got used to accept them in the most natural and uninhibited way; so you don’t need limits in the creative process, you can develop any argument with great irony without fear of clashing with the sensitivity of the observer. The focus of my research is mankind and all the cultural issues that concern it, from eroticism to religion, from politics to urban languages; the intersting point is to propose these subjects in a new context and in different ways. For example, the coffee table I love Jesushas this simple but shocking idea to turn upside down some classic religious statues: I don't consider it an outrage but just an invitation to make a personal revolution, overturning common beliefs.

 

What’s next for you ?

I want to marry Lady Gaga...can you help me?

http://www.maestriland.com

Catégorie: Art