Files - ALEXANDRA BRUEL

Texte Hélène Brunet-Rivaillon - Date 17 Octobre 2011

Alexandra Bruel, la fée taquine de la plastiline

Quand on parle d’Alexandra Bruel, on évoque souvent son look «preppy » et son choix de la pâte à modeler comme medium de travail. Le WAD  a préféré se pencher sur ce qui constitue l’essence de son travail : elle s’adresse à nos cinq sens simultanément et défie la peur par l’illusion et la malice, son art est une performance du langage.

L’art de la synchronisation sensorielle

Les créations d’Alexandra sont une prouesse d’éveil des sens par l’apparence. « Fricote », le magazine de référence en matière d’art culinaire, l’a d’ailleurs compris très vite en lui confiant des illustrations. Le résultat est d’une efficacité stupéfiante et immédiate : on ouvre grand les yeux et on croit entendre le bruissement de la crème versée sur la pâtisserie et respirer le parfum du chocolat. L’envie de planter son doigt dans le gâteau et de dévorer l’œuf qui trône dans l’assiette est instantanée ! Dès la première seconde, les cinq sens sont excités simultanément. Cette capacité à la stimulation sensorielle intégrale, directe et universelle est évidemment l’un des principaux ingrédients de la recette du succès des créations de la jeune modeleuse.

La technique de la restitution de l’instant

Le temps qui passe et la mort qui s’en suit est certainement la plus commune des phobies. Alexandra Bruel ne fait pas exception en la matière… Au bistrot des « Pères populaires », dans un décor qui revendique l’usure de la durée, elle se confie : « le jour où j’ai compris que je n’étais pas immortelle, j’ai paniqué ». De là, sûrement, le besoin de laisser des traces indélébiles par l’œuvre d’art… de là aussi, probablement, le choix d’un outil de travail empreint de réminiscence… de là encore,  sa collection de montres. Mais de là, surtout, des efforts de minutie pour récréer la magie de l’instant. Son travail sur l’illusion du mouvement est saisissant : les éléments semblent couler, dégouliner, fondre… Par cet exercice de prestidigitation, elle réussit à faire oublier le caractère statique de ses œuvres et à réinscrire l’instant dans le temps. En façonnant cette mobilité artificielle, elle défie la temporalité, elle se réapproprie la notion de durée, elle  impose son rythme, s’empare des horloges  et nargue les pendules. Ses créations nous apaisent, elles nous rappellent que la notion de temps peut être appréhendée sans le filtre de la fatalité, et qu’il suffit pour ça de modifier notre perception.

Le mécanisme de la farce par le leurre

Si l’étude des travaux d’Alexandra Bruel révèle leur potentiel cathartique, cette analyse ne doit pas nous faire oublier l’une de leurs caractéristiques essentielles : leur dimension humoristique. Bien avant de discerner le travail sur le temps qui passe, et sans même comprendre que ses créations sont réalisées en pâte à modeler, ce qui séduit au premier abord dans ses œuvres, c’est la malice. De la canette de bière qui fond dans une poêle au jaune d’œuf pyramidal, l’espièglerie subtile et les détournements loufoques attirent notre attention. Et ses farces marchent à tous les coups ! La petite canaille a même failli faire avaler du réglisse en plastiline à son père !

La force du langage universel d’Alexandra réside dans sa capacité à provoquer nos sens pour capter notre attention et nous confronter, par la dérision, aux inquiétudes liées à la cadence du temps. Si la pâte à modeler est devenue un de ses outils de travail, d’autres jeux d’enfants sont restés des loisirs, comme en témoigne sa collection de cent cinquante jeux de cartes rangés dans une commode. Elle semble puiser sa maturité dans la régression et sa tactique est convaincante !

Son site juste ici.

Alexandra Bruel, Mischievous Queen of Plasticine

A conversation about Alexandra Bruel generally references her “preppy” style and her use of plasticine as a medium. WAD would rather focus on what constitutes the essence of her art: simultaneously engaging all give senses, she defies fear through mischief and illusion; in her art, language performs.

The art of sensorial synchronisation

Alexandra’s creations are a feat of sensory awakening. Fricote, the go-to magazine for the culinary arts, saw the potential and commissioned a series of illustrations. The result is immediately and stupefyingly effective: our eyes widen, and we can almost hear the swish of the cream poured over the pastry and smell the chocolate. The desire to stick a finger in the cake and to devour the egg enveloping the plate is instantaneous! The five senses are simultaneously aroused from the very first second. The capacity for immediate and all-encompassing sensory stimulation is clearly one of the primary ingredients in the young modeler’s recipe for success.

Restoring the moment as technique

The passage of time followed by death is certainly one of the most common fears. Alexandra Bruel is amongst the phobic... At Pères populaires, a restaurant whose decor lays bare the ravages of time, she confides, “The day I understood that I was not immortal, I panicked.” This surely propelled the need to leave behind indelible traces through art...  as well as the use of such a reminiscent material... and her collection of watches. But this impresses itself most of all in her detailed efforts to recreate the magic of the instant. In her work, the illusion of movement is striking: the elements seem to flow, trickle, melt... In this conjuration, she manages to evade the static nature of her artwork, repositioning the moment in time. By creating this artificial mobility, she defies temporality, she reappropriates the notion of duration, she imposes her own rhythm, seizing clocks and taunting pendulums. Her work soothes us, a reminder that the concept of time can be understood without the filter of fatality, which is all that is necessary to change our perceptions.

The mechanism of farce by illusion

The study of Alexandra Bruel’s work reveals its cathartic potential, but this analysis can’t skip another of its essential characteristics: the humorous side. Before the notion of time’s passage occurs to the viewer, even before the realisation that the art is made of plasticine, the work’s seductive mischievousness catches the eye. From the beer can melting in a pan to the pyramidal yellow egg, the subtle slyness and engaging eccentricities attract our attention. And her jokes never fall flat – the little rascal even managed to convince her father to eat a piece of plasticine liquorice!

The strength of Alexandra’s universal language resides in her capacity to provoke our senses, to capture our attention and to confront, through teasing, our anxieties about the cadence of time. Although plasticine has become one of her primary tools, other childhood activities have remained pastimes, as shown by her collection of a hundred and fifty card games organised in a dresser. She seems to be building her maturity from regression – a convincing tactic!

Here, her website.

Catégorie: Art - Tags: Alexandra Bruel, WAD