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Still Up!

Text Jay "Lufthansa" Smith
Photo Hugues Lawson Body
Thanks Thomas, Lodown crew

Si la plupart des magazines street (WAD compris) sont nés, c’est un peu grâce au précurseur Lodown. Et puisque ce magazine est allemand, tout comme son directeur artistique et co-fondateur Thomas Marecki, l’occasion était rêvée dans cette thématique "Europe de l’Est" de leur rendre hommage.

Tout d'abord, félicitations! Lodown célèbre la sortie de son 50e numéro! Parlons de cette aventure... Comment cela a-t-il commencé?

"L'aventure a démarré en 1995, quand quelques passionnés se sont associés pour créer un magazine qui leur ressemble, parce qu'ils ne se retrouvaient nulle part, et que tout le monde était naze à leurs yeux. De cette colère contre le système est née beaucoup d'énergie qui a permis que les idées se concrétisent. Nous n'avions, comme vous devez vous en douter, pas un sou".

Quel est ton rôle, qui sont tes complices?

"J'ai débuté avec Marley Maciek et les gens que je connaissais du skate, j'avais seulement 23 ans et je revenais de Californie, où j'avais travaillé en tant que graphiste pour arrondir mes fins de mois. Je ne savais pas ce que je voulais faire mais j'ai mis tous les moyens de mon côté pour y arriver. Depuis, ça n'a pas arrêté de se transformer et d'évoluer".

Quelle est la ligne éditoriale et artistique de Lodown? Comment la définirais-tu?

"Le titre du magazine en est la définition même : nous sommes amateurs de symboles décalés de la pop culture. Nos passions grandissent, lesquelles peuvent être très subjectives ou abstraites. Tout ce qui est passé dans le domaine du grand public ne nous intéresse plus, même si c'est lié à notre culture".

Comment expliques-tu que Lodown existe encore?

"C'est un magazine frais".

Tu as débuté en tant que graffiti artist. Pourrais-tu nous parler de la scène graffiti allemande?

"J'ai perdu mon intérêt pour le graffiti quand j'ai commencé à étudier le graphisme au début des années 90. Je me suis alors concentré sur la calligraphie et la typographie en développant ce que j'avais appris dans le graff. J'écris toujours ma signature cent fois sur des bouts de papier, c'est mon passé et ça fait partie de moi, mais le graffiti classique n'ouvre que deux options en termes de style : le graff à l'arrache (tags et throw-ups) ou le "crazy wildstyle". Je n'ai jamais apprécié le wildstyle et je n'ai pas persévéré assez longtemps pour défoncer les rues non plus... Je ne peux pas faire d'état des lieux du graff aujourd'hui. J'aime cependant les CBS, ce sont les rois de Berlin à présent".

Que pourrais-tu nous dire à propos de la nouvelle génération de graffiti artists? Nous avons beaucoup entendu parler de Flying Fortress, Daim, Sat 1 ou encore Seak mais il y a d'autres jeunes artistes, n'est-ce pas? Commencent-ils à être à la mode? Sont-ils reconnus en tant que véritables artistes?

"Je suis mon instinct. Les choses trop illustratives, amusantes, mignonnes ou comiques ne m'intéressent pas. J'aime Kaws, KR ou Futura; ils ont développé leur propre territoire. Je ne peux pas dire que quelqu'un soit un "vrai artiste". C'est complètement ambivalent pour moi. Le marché de l'art fonctionne comme n'importe quel autre marché : tu achètes ce en quoi tu crois, et tu dois donc te vendre pour être acheté".

Puisque l'on est dans les questions arty, tu as ouvert à Berlin la "95 Gallery", quel est son but?

"Je veux promouvoir les choses que nous aimons et les lier avec les produits que l'on aime acheter, construire un endroit cool à Berlin et contribuer à la variété culturelle".

Quel type d'artistes veux-tu mettre en avant?

"Principalement des gens avec qui nous avons construit notre réseau depuis des années. Jusqu'ici il y a eu Stash, Plez, Nick Walker, Aka 12oz Project et moi. J'espère qu'il y en aura plus très bientôt. Ce n'est pas facile parce que les gens ne sont pas encore prêts à acheter ce semblant de néo-pop art ici à Berlin, alors nous devons toujours trouver des sponsors et vendre des Nike "Dunk SB" pour financer notre projet".

Que pourrais-tu nous dire à propos de la scène arty à Berlin et en Allemagne en général? Est-ce que l'Allemagne est un endroit dynamique pour la culture street?

"Je n'ai rien à faire du "phénomène street art". Pour moi c'est juste une classification temporaire. L'Allemagne est comme toutes les autres civilisations occidentales. Le capitalisme domine nos vies chaque jour. L'art est transcendantal et est affecté à des conceptions spirituelles. Parler d'art est de la masturbation intellectuelle. Quelqu'un a dit "tout art a été un jour contemporain". C'est quelque chose avec lequel je suis d'accord".

Comment définirais-tu la scène street allemande comparée à celle en France, aux États-Unis et au Japon?

"L'Allemagne n'achète pas ce genre de produits aujourd'hui, par manque d'argent et de goût. Il n'existe pas une seule marque qui sorte du lot en Allemagne. Mais j'ai foi en l'avenir".

Tu fais beaucoup de co-brandings; tes sneakers pour Gravis étaient super bien! Comment choisis-tu les marques avec lesquelles tu collabores? Pourquoi acceptes-tu un projet plutôt qu'un autre?

"Je ne veux pas m'incorporer moi-même. Je veux varier mes travaux commerciaux. Je choisis la qualité avant tout".

Penses-tu que le streetwear et la culture street sont nés avec Lodown? Comment vois-tu leur évolution? Il y a plus d'argent, les réseaux sont plus nombreux, il y a plus de nerds... mais est-ce aussi excitant que par le passé? Tu as dû voir l'évolution de beaucoup de marques, parle nous de celles qui sont toujours en haut de l'affiche?

"Nous avons créé une nouvelle culture et notre génération en est l'auteur. Cette excitation a engendré beaucoup de responsabilités. Le monde de la mode va et vient, ceux qui ont su évoluer se sont maintenus, certains ne seront qu'un feu de paille".

Quel est ton prochain projet?

"Une vraie famille".

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